Dossiers / Enjeux

La formation continue, une réponse aux nouveaux besoins de formation



La Fédération du personnel professionnel des collèges affiliée à la CSQ publie un FPPC Express sur le thème de la formatin continue.

L’ÉDUCATION DES ADULTES ET LA FORMATION TECHNIQUE : UN DÉVELOPPEMENT INTERDÉPENDANT
Dès le début des années 1970, le réseau collégial est interpellé au regard de la formation technique pour satisfaire de nouveaux besoins de formation. De leur côté, les services d’éducation aux adultes offrent alors des certificats d’enseignement collégial pour qualifier la maind’oeuvre dans certains secteurs.C’est vraisemblablement au début des années 1980 que se situe la période charnière de la formation technique au collégial et du développement du secteur de la formation aux adultes. Deux facteurs permettent d’expliquer la croissance de la demande de formation dans les collèges : d’abord un contexte socio-économique difficile, ponctué de périodes de récession et de chômage, où le retour sur le marché du travail exigeait une bonne qualification professionnelle et,en deuxième lieu, l’informatisation des organisations et l’introduction de la bureautique.

Ces changements organisationnels et ces crises socio-économiques ont amené les cégeps à orienter leur offre de formation pour aider à qualifier ou requalifier la main-d’oeuvre. En collaboration étroite avec la Société québécoise de développement de la main-d’oeuvre (SQDM), les cégeps ont diversifié leur offre de formation pour mieux répondre aux besoins de la société. Selon Éléna Galarneau, directrice de la formation continue au Collège de Maisonneuve dans une entrevue accordée à Alain Lallier du Portail du réseau collégial du Québec, « c’était l’époque où il allait de soi que les adultes travaillaient à temps plein et avaient des cours du soir. » Les cégeps roulaient alors à plein régime.

DE L’ÉDUCATION DES ADULTES À LA FORMATION CONTINUE

Puis, au tournant des années 1990, on se retrouve dans une période de resserrements et de coupes budgétaires. Le financement des cours à l’éducation des adultes, par le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ) fond.Les formations à temps partiel de soir ou de fin de semaine ne trouvent plus preneur. Seul subsiste le financement en provenance de la SQDM pour des formations à temps plein de jour. C’est aussi au cours de ces années que le MEQ impose un nouveau modèle d’élaboration et de révision des programmes d’études par compétences dans tout le réseau collégial. Ce modèle s’appliquera aux diplômes d’études collégiales (DEC) ainsi qu’aux attestations d’études collégiales (AEC). Dans le cours de ces grands bouleversements, un nouveau paradigme émerge : on passe de l’éducation des adultes à la formation continue. Plusieurs éléments contribuent à ce changement de paradigme. D’abord, sur le marché du travail, on assiste à une complexification des emplois et à un accroissement important des domaines de spécialisation.Puis, avec l’avènement de la micro-informatique et l’amélioration des technologies des communications, la vie économique se déploie en mode accéléré. De plus, il faut maintenant sortir des ornières nationales et situer la compétitivité et la survie des entreprises dans un contexte de mondialisation. Ces facteurs exigent des personnes qui travaillent en entreprise, une mise à jour fréquente, voire continue, de leurs compétences. Cette situation les amène souvent à s’adapter à de nouveaux contextes de travail et même parfois à changer de carrière. Les besoins de formation se multiplient et sont souvent tributaires des nouvelles technologies en émergence. Les services offerts à la formation continue se sont aussi diversifiés au cours de cette période. En fait, au fil des ans, les services de formation continue avaient déjà développé un réseau de collaboration étroite avec les entreprises sur leur territoire pour répondre à des besoins particuliers, notamment en formation sur mesure. Et, partant de cette riche expérience, ils ont su construire leur expertise en « Analyse de situation de travail » pour respecter les directives du ministère du l’Éducation, du loisir et du sport (MELS) à l’égard du développement des AEC par compétences.

LES BESOINS ACTUELS DE FORMATION CONTINUE

Aujourd’hui encore nous nous retrouvons à un tournant de l’histoire. L’impulsion que donne le développement des technologies de l’information et des communications aux réseaux sociaux, aux échanges économiques et financiers, ne laisse personne indifférent, surtout pas les entreprises.Ces développements jumelés au vieillissement de la population québécoise impriment de nouvelles exigences sur la qualification professionnelle de la main-d’oeuvre et touchent de plein fouet les entreprises. Celles-ci doivent recruter une main-d’oeuvre qualifiée, et assurer la mise en place des conditions facilitant son maintien en emploi et la mise à jour continuelle de ses connaissances.

Les entreprises actives dans des domaines à la fine pointe de la technologie doivent déjà affronter cet important défi. Elles notent que l’expertise recherchée pour certains emplois est souvent très pointue et donc difficile à trouver. Elles sont aux prises avec des problèmes de vacance de longue durée qu’elles n’arrivent pas à combler parce que les candidats qui postulent pour ces emplois manquent d’expérience ou encore de formation. Enfin, les entreprises constatent de plus en plus que l’évolution constante des technologies utilisées exige que les employés soient formés en conséquence.C’est pourquoi elles se tournent vers la formation de leur personnel et privilégient souvent la formation en entreprise. L’Enquête sur le recrutement et l’emploi au Québec (EREQ), parue l’automne 2009, révèle qu’un établissement sur deux a soutenu financièrement la formation de ses employés et que parmi eux, 27,2 % ont même augmenté leurs dépenses à ce chapitre.
 

LES DÉFIS QUI SE PROFILENT À L’HORIZON

On prévoit qu’entre 2009 et 2013, 490 000 postes attribuables à des départs à la retraite seront à pourvoir au Québec. Plusieurs de ces postes exigeront des compétences de niveau technique offertes dans les cégeps. C’est justement cette offre qu’il faudra repenser pour permettre aux personnes en emploi de maintenir leur qualification à jour ou de se requalifier pour un nouvel emploi. Il faudra se pencher sur la logistique même de l’offre de cours pour tenir compte des responsabilités multiples que doivent assumer les personnes en emploi et qui constituent souvent des obstacles à lever pour assurer la poursuite de leurs études. Les problèmes de coûts des cours et de matériel pédagogique, du transport du lieu de travail au lieu d’études puis au domicile, ainsi que la conciliation avec les responsabilités familiales constituent quelques exemples de facteurs dont il faudra tenir compte. Les solutions passeront par une concertation avec les entreprises, mais aussi avec les gouvernements des paliers municipal et provincial. Les cégeps sont des agents de développement économique implantés dans toutes les régions du Québec. La formation continue apparaît comme la clé du succès tant pour les individus que pour les entreprises, et ce, dans de nombreux secteurs d’activités. Les cégeps ne peuvent rater ce rendez-vous historique. D’ailleurs, ils sont déjà en train d’explorer des pistes pour mieux répondre à ces besoins. En voici quelques exemples :
• Offrir des formations à distance ou en ligne
• Offrir des formations dans les entreprises
• Améliorer les services de reconnaissance des acquis
• Adapter les programmes et les services d’aide à la réussite aux
  étudiants adultes
• Arrimer les pratiques pédagogiques entre l’enseignement régulier
  et la formation continue par une reconnaissance mutuelle des
  expertises développées
• Diversifier les services de formation novateurs et adaptés aux
  besoins des milieux
• Assurer des services adéquats et pertinents aux clientèles
 émergentes
• Prendre en compte les particularités des clientèles issues de
  l’immigration.

Il y a déjà plus de 1 350 programmes d’AEC offerts dans les cégeps de
la province avec un peu plus de 20 000 étudiants et étudiantes qui s’y
inscrivent chaque année (données de 2005). C’est nettement insuffisant
pour aider à relever les défis auxquels nous devons faire face aujourd’hui.
Pour y arriver, il faudra repenser les mesures de financement des services
de la formation continue en revoyant notamment les règles budgétaires et
les enveloppes gouvernementales à l’égard des AEC, des formations suivies
à temps partiel, des formations sur mesure, etc. Il faudra lever ces
obstacles financiers pour permettre aux cégeps de déployer leurs énergies
et de donner un deuxième souffle de vie à la formation continue et, par
le fait même, un deuxième souffle de vie aux cégeps.

Références :
CORMIER, Mélanie, et Madeleine NADEAU. Et que la formation continue… Dans
HÉON, L., D. SAVARD et T. HAMEL. (2006). Les Cégeps : une grande aventure
collective québécoise, Association des cadres des collèges du Québec, PUL, Québec.
OUELLET, Catherine (2010). Les diplômés universitaires sur le marché du travail : un
portrait économique, Journée Carrière des cycles supérieurs, Université Laval, (4 février).
MARTIN, Marie-France, sous la coordination de (2010). Enquête sur le recrutement
et l’emploi au Québec (EREQ), Automne 2009, vol. 9, 64 p.
 

Source: FPPC Express, octobre 2010



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