Dossiers / Enjeux

La formation continue sous le regard d’Éléna Galarneau



Éléna Galarneau, directrice de la formation continue au Collège de Maisonneuve, a accepté de nous rencontrer et de partager avec nous sa vision de la formation continue dans les collèges. Nous avons privilégié trois thèmes : l’évolution des services de formation continue au cours des dernières années, la concertation entre les collèges et les enjeux pour l’avenir.

Une évolution par vagues
28 ans de fréquentation de la formation continue dans trois collèges différents (Montmorency, Lanaudière et Maisonneuve) ont permis à Élena de vivre ce qu’elle nomme les « vagues » d’évolution des dernières décennies. Elle qualifie les années 80 de « belle époque ». « Les stationnements des collèges étaient aussi pleins les soirs que les fins de semaine. C’était l’époque où il allait de soi que les adultes travaillaient à temps plein et avaient des cours le soir. C’était aussi l’époque où la majorité de nos enseignants étaient aussi des enseignants du régulier. Les étudiants travaillaient à temps plein et étudiaient le soir et nos profs travaillaient à temps plein et enseignaient le soir. » La « belle époque », aussi parce que le financement était plus facile.

Autour de l'année 92, il y a eu des resserrements. L’époque des coupures. « Ces années nous ont obligé à mieux nous organiser. Ça nous a permis de réfléchir sur nos pratiques. Nous avons compris que les slogans « faire autrement » et « faire plus avec moins » se traduisaient par « tu vas travailler encore plus fort »… Une certaine usure a suivi. Années de morosité. Années de difficultés financières. Une moins bonne époque en somme ».

Au cours des 10 ou 12 dernières années, un virage important est arrivé. Le volume d’activités est passé en mode temps plein pour une clientèle en recherche d’emploi. Virage majeur : « Ce n’étaient plus les mêmes clientèles, plus les mêmes formats, plus les mêmes produits et services. L’offre de formation continue, c’est maintenant 80 % de temps plein à l’inverse des années 80-90 ».

Pour Éléna, un autre moment important dans l’évolution des dernières années, c’est la recherche-action menée par la Commission des affaires de la formation continue en 2004 et 2005. Paul Bélanger de l’UQAM a joué un rôle important dans ce projet. « Un moment de réflexion sur le positionnement de la formation continue qui a engendré beaucoup de positif et a permis aux services de formation continue d’aller interpeller leurs collèges eux-mêmes. Les directions des études et les directions générales et ont été mises au fait de cette recherche et ils ont réfléchi ensemble. Nous surfons encore sur cette vague ».

Parallèlement, le phénomène de pénurie de main-d'œuvre et la problématique de la baisse démographique particulièrement en région ouvrent de nouvelles perspectives. Dans les cégeps de région, la baisse démographique des jeunes invitera à compenser avec de nouvelles clientèles, des locaux et des équipements étant rendus disponibles. Par contre, d’autres collèges surtout dans les grands centres ne vivent pas cette baisse et sont confrontés à des pressions énormes pour répondre aux besoins grandissants d’une clientèle adulte, en particulier la clientèle immigrante.

Malgré ces défis, Éléna juge qu’ « on est dans de belles années ». « Pour beaucoup d’acteurs (fédération et ministères), il est extrêmement important de perfectionner la main-d’œuvre du Québec, si l’on veut maintenir notre compétitivité. Sur 270 000 emplois prévus dans les prochaines années, 70 % seront de niveau technique selon les analyses d’Emploi-Québec. Il faut mobiliser toutes les ressources en formation continue pour répondre à ces besoins là ».

« Notre partenaire principal, c’est Emploi-Québec »
Qu’on le veuille ou non, le financement demeure le nerf de la guerre en formation continue. « Il faut être conscient que la grosse enveloppe en formation continue vient d’Emploi-Québec. Bien sûr, le ministère de l’Immigration finance aussi des groupes de francisation, mais notre partenaire principal, ça reste Emploi-Québec ».

« On sait les moments où on doit travailler ensemble et collaborer »
Face à la perception que les services de formation continue sont souvent en concurrence entre eux, Éléna Galarneau est très affirmative : « On sait les moments où on doit travailler ensemble et collaborer et on sait les moments où on est dans une saine compétition. Il n’y a pas que du négatif à être en compétition, mais de façon générale, la compétition n’est pas entre nous, mais avec d’autres organisations externes au réseau. C’est aussi une question d’intelligence d’affaires. Les collèges n’ont pas intérêt à développer dans le même créneau, car ils vont diluer la clientèle et n’ont pas d’avantage à le faire. Nous avons une mission à remplir et aussi des objectifs de rentabilité ».

« Il y beaucoup d’exemples qui démontrent une collaboration entre les services de formation continue »
« Il y a beaucoup plus d’éléments qui vont dans le sens de la collaboration entre les collèges. Un exemple : il y a un nouveau règlement qui sera en vigueur le 1er mai prochain concernant la formation en courtage immobilier. 22 collèges ont décidé de s’associer pour développer une nouvelle attestation en courtage immobilier. L’avantage d’être ensemble a permis de partager les frais de l’analyse de situation de travail, de développer les mêmes compétences et le même découpage de cours. Ce qui va permettre à l'étudiant de terminer le cas échéant son certificat dans un autre collège. Ce consortium a encouragé le ministère à financer le développement d’outils en reconnaissance des acquis. Nous nous proposons même de financer en commun le développement du matériel didactique ».

Il y a bien d’autres exemples de consortium semblables : en techniques d’éducation à l’enfance ; en stratégies de développement du langage ; en assurances de dommage ; en gestion de commerce…

Des exemples de concertation : cégep à la carte et une campagne de promotion à l’échelle du Québec
En décembre 2009, les 12 collèges de Montréal se sont concertés pour lancer le site web Cégep à la carte où l’ensemble de l’offre de cours à temps partiel est regroupé. Ces cours s’adressent à une clientèle adulte en emploi qui a des besoins de perfectionnement ad hoc.

Éléna cite un autre exemple de concertation réseau : au mois de mai 2010, les 48 cégeps vont lancer en commun une campagne de promotion de la formation continue dans les collèges. Ils assumeront les frais de cette campagne où l'on retrouvera des capsules à la télévision. L’objectif est d’envoyer un message aux adultes en emploi et aux employeurs que le cégep c’est aussi pour les adultes.

Quels sont les enjeux pour l’avenir ?
À la question : quels sont les enjeux pour l’avenir, Éléna Galarneau en identifie quatre principaux :

1. Répondre aux besoins de perfectionnement nombreux et diversifiés. Pour elle, il en va de la compétitivité du Québec. « Par contre, nous nous interrogeons quelquefois sur la cohérence entre le discours et le financement qui ne suit pas toujours. Tout le monde convient que la francisation des immigrants est un enjeu majeur ; or, on vient tout récemment d’annoncer que l’on va couper 31 groupes de formation. L’intégration des immigrants est un enjeu majeur, il faudra y consacrer les ressources nécessaires ».

2. Former les décrocheurs qui devront revenir aux études « Qu’est-ce qu’on va faire avec tous les décrocheurs du secondaire, quand les grands projets de construction vont décliner ? Qu’est-ce qu’on va faire pour ces jeunes sans secondaire V qui ont gagné de bons salaires, qui ont maintenant des enfants et qui vont se retrouver sans emploi ? On va les amener où ? ».

3. Recruter des enseignants en formation continue représente un troisième enjeu majeur. Déjà, en soins infirmiers, en multimédia, en électrotechnique, on rencontre des difficultés à recruter des formateurs. Comment être compétitifs en terme de salaire en période de pénurie ?

4. Quelles structures pour faire face à ces défis ?
Si les collèges veulent relever tous ces défis, Éléna pense qu’ils devront adapter leurs structures internes pour y faire face. Adapter les programmes, les services et peut-être les organigrammes…

Entourée de ses propres toiles au pastel évoquant une nature vivante et colorée, Éléna Galarneau dégage une énergie et une conviction que ses 28 ans en formation continue ne semblent pas avoir ralenties. Bien au contraire !

Entrevue réalisée par Alain Lallier, le 20 avril 2010



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