Dossiers / Enjeux

Et que la formation continue



Au Québec, comme ailleurs au Canada et dans bien des pays de l’organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), on considère la formation continue de la population comme une nécessité incontournable. Dans un contexte environnemental en mouvance, notamment en raison de la mondialisation des marchés et de l’effondrement démographique, une mise à jour continuelle des connaissances et des qualifications des travailleurs constitue plus que jamais un facteur de croissance socioéconomique.

Les activités de formation continue offertes sur notre territoire sont donc variées, proposées par de nombreux acteurs et dans de multiples lieux. Une place importante est toutefois occupée par les réseaux d’établissements d’enseignement, particulièrement les cégeps. Dans les faits, peu de temps après leur création, ces derniers ont intégré à leur mission la formation des adultes créditée et ont par la suite développé des services de formation sur mesure. Souhaitant jouer un rôle actif dans l’offre de formation tout au long de la vie, les cégeps se sont rapidement engagés dans les services et les activités de formation ayant pour but le maintien et le développement des compétences des adultes, qu’ils soient sur le marché du travail ou encore à la recherche d’emploi. Offrant une gamme élargie de programmes pouvant mener à l’obtention d’un diplôme d’études collégiales (DEC) ou d’une attestation d’études collégiales (AEC), les cégeps s’avèrent des lieux de formation privilégiés.

Les services de formation continue des cégeps ont grandement évolué depuis leur mise en place, et ce, sur deux aspects importants : l’offre de service et la diversification de la clientèle. Par ailleurs, ils ont su établir de nombreux partenariats, notamment avec le milieu socioéconomique, le réseau universitaire et celui des commissions scolaires. Ils ont relevé des défis, mais ils ont dû affronter des freins, des obstacles conjoncturels et parfois structurels. Néanmoins, leur contribution au développement régional, à l’accroissement des compétences et à l’insertion en emploi de milliers d’adultes a marqué la société québécoise au cours des trente dernières années. Voici donc un survol des principaux faits saillants reliés aux services de la formation continue des cégeps depuis leur création. 

Petite rubrique sémantique

Formation continue, formation des adultes et apprentissage tout au long de la vie sont quelques-unes des expressions couramment utilisées. Veulent-elles dire la même chose ? Le Conseil supérieur de l’éducation nous propose une vision globale en matière d’éducation et de formation continue des adultes :  

L’éducation des adultes désigne l’ensemble des processus d’apprentissage, formels ou autres, grâce auxquels les individus considérés comme adultes dans la société à laquelle ils appartiennent développent leurs aptitudes, enrichissent leurs connaissances et améliorent leurs qualifications techniques ou professionnelles ou les réorientent en fonction de leurs propres besoins et de ceux de la société. Elle englobe à la fois l’éducation formelle et l’éducation permanente, l’éducation non formelle et toute la gamme des possibilités d’apprentissage informel et occasionnel existant dans une société éducative multiculturelle où les démarches fondées sur la théorie et sur la pratique ont leur place.
 
Dans la plupart des cégeps, l’expression formation des adultes a laissé place à l’expression formation continue. Pour expliquer cette évolution, un recul historique s’impose.

Au départ… La formation des adultes !

Dès 1963, le gouvernement fédéral, par son ministère des Ressources humaines, a élaboré une stratégie de formation professionnelle pour contrer le chômage et s’assurer de la disponibilité d’une main-d’oeuvre qualifiée. Ainsi, il s’est engagé dans une politique de formation et de développement des compétences. Celle-ci visait dans un premier temps la formation générale et professionnelle au secondaire et a fait l’objet d’une entente avec le Québec. Dans cette entente, le mandat de l’analyse des besoins et l’équilibrage entre l’offre et la demande en matière de compétences et de main-d’oeuvre relevaient du gouvernement fédéral. Par contre, l’organisation, la diffusion et l’encadrement de la formation relevaient de la compétence du Québec et de ses réseaux d’enseignement.

Jusqu’au rapatriement du mandat et des responsabilités de la formation de la main-d’oeuvre par le Québec en 19972, le gouvernement fédéral signait des ententes – que l’on appelait accord Québec-Canada – avec le gouvernement du Québec représenté par le ministère de l’Éducation et par les commissions de formation professionnelle (CFP). À partir des besoins inventoriés et des priorités fixées par le gouvernement fédéral d’une part, et le Québec d’autre part, on procédait à une planification des formations et à l’allocation des ressources. Ces achats de formation ont commencé d’abord au secondaire. C’est à partir de 1974 que le réseau collégial a été interpellé par ces mesures. Jusque-là, la majorité des cégeps offraient plutôt des cours du soir financés par le ministère de l’Éducation. Cependant, considérant l’évolution des besoins des employeurs et du marché du travail, il devenait clair que les cégeps devaient s’engager davantage dans le développement de la formation des adultes, particulièrement au regard de la formation technique. C’est donc dans ce contexte que la formation des adultes s’est déployée dans le réseau collégial. La formation à plein temps qui conduisait à des certificats d’études collégiales (CEC) a dès lors connu un essor considérable, tant dans le secteur public que dans le secteur privé alors que plusieurs instituts voyaient le jour.

Cette situation a perduré jusqu’en 1980-1981, période charnière pour le développement de la formation technique au collégial. L’entrée dans cette nouvelle ère se caractérisait notamment par une croissance importante de la demande de formation occasionnée principalement par deux facteurs conjoncturels.

Tout d’abord, par un contexte socioéconomique extrêmement défavorable en raison principalement de la récession du début des années 1980. Rappelons que le taux de chômage était alors très élevé dans la plupart des régions du Québec5. Il y avait donc beaucoup de personnes adultes sans emploi à qui il fallait faciliter un retour sur le marché du travail. Pour bon nombre d’entre elles, cela se traduisait par l’obligation d’obtenir une nouvelle qualification par la formation. D’ailleurs, soulignons qu’à cette époque, peu d’adultes en recherche d’emploi avaient une formation collégiale. La demande n’a donc pas tardé à se manifester. Dans un tel contexte, le gouvernement fédéral a intensifié ses achats de formation dans le réseau collégial, et ce, avec comme double objectif de qualifier la main-d’oeuvre et de répondre aux besoins du marché du travail.

Le deuxième facteur qui a contribué significativement au développement de la formation des adultes dans les cégeps est sans aucun doute lié à l’informatisation des organisations. En effet, l’arrivée des micro-ordinateurs qui ont démocratisé l’informatique tout comme la gestion (pensons simplement à l’utilisation des bases de données) a fait exploser les besoins de formation. Dans les faits, les organisations faisaient massivement l’acquisition de ces micro-ordinateurs et avaient un besoin pressant de main-d’oeuvre capable de les utiliser. Les cégeps ont alors grandement contribué à répondre à ce besoin.

Parallèlement, on ne peut négliger l’importance de la révolution occasionnée par l’arrivée des appareils de traitement de textes qui ont remplacé les machines à écrire électriques. L’introduction de cette bureautique a aussi provoqué un besoin criant pour la maîtrise de ces technologies. Des milliers de secrétaires et d’agents de bureau ont dû se recycler dans un temps record. De plus, les cégeps devaient créer et dispenser des programmes de formation de programmeur-analyste pour répondre aux nouveaux besoins du marché de l’emploi.

Par ailleurs, étant donné le taux de chômage élevé, les gouvernements ont mis en place différentes mesures dans le but de faciliter l’insertion professionnelle des jeunes. À cette fin, plusieurs projets ont été financés par les gouvernements fédéral ou provincial dans des services de formation des adultes des cégeps. Les finissants, autant des universités que des cégeps, avaient de grosses difficultés à trouver un emploi et il fallait agir.

En somme, la nécessité créée par le contexte économique difficile et cette révolution fulgurante engendrée par l’introduction des technologies de l’information ont constitué deux grands tournants dans le développement des services de formation des adultes dans les cégeps. 

Vers la formation continue…

Plusieurs éléments ont conduit les cégeps vers une autre étape, celle du développement de la formation continue.

Bien entendu, l’arrivée des technologies a eu des répercussions considérables. Tel que mentionné plus tôt, l’informatisation a créé une urgence de compétences technologiques. on parlait d’un Québec audacieux, qui se voulait compétitif et qui, pour ce faire, devait pouvoir compter sur une main-d’oeuvre plus qualifiée. Le Québec se transformait et l’industrie du « savoir » connaissait une croissance fulgurante. Plusieurs employeurs constataient un déséquilibre entre l’offre et la demande de compétences. Ils ont alors interpellé les cégeps et signifié leurs besoins. La mise à jour des compétences des ressources humaines prenait de l’importance, devenait stratégique. Ainsi, les entreprises et les organisations exerçaient de plus en plus de pression sur les cégeps… la demande était forte. Dans ce contexte – au début des années 1990 –, le virage de la formation continue a été entrepris, visant dans un premier temps les gens en emploi qui souhaitaient se perfectionner pour s’adapter aux nouvelles exigences du marché du travail. Que ce soit pour se familiariser avec une nouvelle technologie, les changements dans les lois et la réglementation ou l’exploitation des nouveaux marchés, il fallait développer ses compétences, apprendre, expérimenter et « performer ».

Les employeurs ont compris qu’un employé qualifié et bien formé était un atout et que les ressources humaines constituaient un facteur déterminant pour accroître la productivité de l’entreprise. La qualité de la main-d’oeuvre était maintenant considérée comme un facteur important de la compétitivité et même de la survie de l’organisation. Tout convergeait dans une perspective de formation continue. Pour les adultes et pour la société québécoise, l’appropriation du concept de formation continue s’est effectuée de concert avec celui « d’amélioration continue » et coïncidait également avec l’introduction des normes de l’International Standard Organization (ISO) dans les entreprises.

Les changements accélérés dus à un contexte d’économie globale, de développement de l’entrepreneuriat et de restructuration sociale et économique ont bouleversé les acquis. Nous avons donc assisté à une prise de conscience collective. Dorénavant, chaque individu est appelé à changer plusieurs fois d’emploi au cours de sa carrière professionnelle, devant ainsi s’adapter à différents employeurs et à différents contextes. Les travailleurs doivent donc s’inscrire dans un processus de formation continue… les compétences étant à acquérir sans cesse. Le principal défi pour demeurer actif et performant est désormais de s’engager dans son propre développement.

Dans cette foulée, le ministère de l’Éducation a modifié le nom de sa direction de « l’éducation des adultes » en direction de « la formation continue ». On a vu aussi plusieurs cégeps changer le nom de « service d’éducation des adultes » pour celui de « service de la formation continue ». Les universités ont fait de même. Et voilà, le mouvement était lancé. Aujourd’hui, on ne parle que de formation continue, d’amélioration continue et de réseau d’information continue.

L’offre de formation

Les données de l’enquête sur l’éducation et la formation des adultes publiées dans le Rapport du comité d’experts sur le financement de la formation continue nous permettent d’avoir une idée de la place occupée par le réseau collégial dans l’ensemble des lieux où se déroulent des activités structurées de formation continue au Québec.

Environ 14 % des activités de formation continue structurée se déroulaient dans le réseau collégial en 1997. Par rapport à l’ensemble des institutions formelles du réseau de l’éducation (primaire, secondaire, collégiale, universitaire), nous parlons alors d’un peu plus de 35 % du marché.

Cette place que les cégeps occupent se caractérise notamment par une offre de cours très diversifiée. Elle se veut liée aux besoins à la fois des personnes, des organisations et du marché du travail. Pour répondre à ces besoins multiples, les cégeps proposent une gamme élargie de programmes, lesquels peuvent généralement offrir des cours de jour ou de soir, à temps plein et à temps partiel. 

Les diplômes d’études collégiales

Plusieurs services de formation continue des cégeps offrent la possibilité de suivre un programme d’études menant à l’obtention d’un diplôme d’études collégiales (DEC) 9 grâce à des cours fixés en dehors de l’horaire prévu à l’enseignement régulier. Le DEC est décerné à l’étudiant qui a réalisé l’ensemble des activités d’apprentissage et réussi tous les cours de son programme d’études, et qui a satisfait aux exigences terminales ministérielle et institutionnelle (épreuve uniforme de français et épreuve synthèse de programme. 

Les attestations d’études collégiales

Les programmes les plus populaires des services de formation continue des cégeps sont sans contredit ceux qui mènent à une attestation d’études collégiales (AEC). Le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) en présente plus de 1 350 sur son site Internet. Certains sont des programmes ministériels, d’autres sont des programmes d’établissement offerts par les cégeps et les institutions collégiales privées.

L’AEC est décernée à l’étudiant qui a réalisé l’ensemble des activités d’apprentissage et réussi tous les cours dans un domaine de formation spécifique à un programme d’études techniques. Généralement, elle vise des apprentissages tirés de la formation spécifique d’un diplôme d’études collégiales (DEC) ou qui sont en prolongement des apprentissages de celui-ci. Comme les programmes comptent un nombre variable d’unités de formation, la durée des études l’est également.

En 2003, l’effectif scolaire inscrit à un programme d’AEC dans les établissements collégiaux s’élevait à plus de 24 000 étudiants. La même année, près de 7 000 personnes ont reçu leur attestation pour l’un ou l’autre des programmes offerts par les services de formation continue des cégeps. Si on ajoute à cela les diplômés des établissements collégiaux privés et ceux des écoles gouvernementales, le chiffre dépasse alors 10 000. L’apport important des cégeps dans cette voie de formation est incontestable. 

Services de formation aux entreprises ou « sur mesure »

Un nombre impressionnant de cégeps ont développé des services de formation sur mesure aux organisations et aux entreprises. Bien entendu, la création et l’offre de tels services s’inscrivent dans une volonté de répondre aux besoins du milieu.

Les champs d’expertise en matière de service de formation aux entreprises des cégeps sont nombreux. Rappelons simplement qu’à même l’expertise et les programmes menant à des AEC, tout un savoir et des contenus de formation sont mis à la disposition des entreprises : formateurs qualifiés et expérimentés, matériel pédagogique approprié, équipements et laboratoires modernes, formation pouvant être donnée dans les locaux des cégeps, dans ceux de l’entreprise ou ailleurs si nécessaire, reconnaissances officielles de formation, etc.

Le rôle des services de formation continue en ce domaine est d’assister les organisations dans la planification, l’élaboration, la réalisation et l’évaluation de leurs activités de formation. Le but étant de former ou de perfectionner les ressources humaines de l’entreprise en vue d’améliorer leur productivité, toute cette démarche est effectuée avec le souci constant de s’adapter aux caractéristiques, aux attentes et aux limites de l’organisation.

Même s’il existe des variantes d’un cégep à l’autre et qu’un recensement de l’ensemble des activités de formation offertes était à toutes fins utiles impossible, nous pouvons affirmer que le développement de ce type de service prend de l’ampleur dans le réseau collégial. Il est d’ailleurs décrit comme une voie d’avenir pour les cégeps par le Conseil supérieur de l’éducation.

Par ailleurs, en plus de l’offre adaptée de programmes menant à l’obtention d’un DEC, de la longue liste de programmes permettant d’obtenir une AEC et de la panoplie de services aux entreprises, différents cours sont aussi offerts au grand public dans plusieurs établissements collégiaux.

Nul doute, la variété d’activités et le large terrain couvert par les cégeps qui sont présents dans toutes les régions du Québec constituent une des forces du réseau collégial. Les cégeps participent ainsi activement au développement des adultes qui suivent lesdites formations, au développement des entreprises et à celui de leurs régions. L’effet socioéconomique généré par l’apport des cégeps quant à la préoccupation gouvernementale de miser sur l’apprentissage tout au long de la vie s’avère incalculable.

La clientèle de La formation continue au collégial et ses particularités

En 2005, les données recensées par le MELS indiquent que plus de 20 000 personnes étaient inscrites à des programmes menant à une AEC, que 65 % d’entre elles étaient inscrites à un régime d’études à temps plein et que 60 % de cette clientèle était féminine.

Selon les données du Rapport du comité d’experts sur le financement de la formation continue relativement à l’effectif adulte au collégial en 2002, les adultes inscrits à l’enseignement collégial avaient 19 ans et moins dans une proportion de 5 %, 24 ans et moins dans une proportion de 28 %, et 29 ans et moins dans une proportion de 45 %. Conséquemment, 22 % de la clientèle avait 30 ans et plus. En marge de ce portrait chiffré, quelques particularités de la clientèle sont pertinentes à relever.

Nous avons souligné que les directions de formation continue des cégeps répondent à deux types de clientèle : la clientèle « individuelle » où chaque personne, à la suite d’une offre de formation, s’inscrit à un cours d’un programme de formation et la clientèle « entreprise », lorsque c’est l’entreprise qui entre en contact avec le cégep ou qui répond à une offre de service de ce dernier. De plus, on remarque une augmentation de la demande des clients en matière de formation en ligne et à distance. L’évolution des cégeps en ce domaine est importante, plusieurs d’entre eux offrant maintenant ces genres de services.

La formation en ligne permet désormais de dépasser les frontières régionales des cégeps… Aujourd’hui, on parle de plus en plus d’une clientèle nationale, voire internationale. D’ailleurs, plusieurs cégeps proposent également des services extraterritoriaux, des aspects qui témoignent du dynamisme des cégeps qui ont pris le virage des nouvelles technologies et diversifié leurs approches de formation.

Une autre caractéristique qui modèle la clientèle adulte vient du fait qu’elle est, d’abord et avant tout, une clientèle qui est déjà passée dans le système d’éducation. Certaines personnes y étant passées plus rapidement que d’autres, le recours à l’andragogie pour ces dernières est alors tout indiqué. Ainsi, quand cette clientèle adulte s’inscrit dans un programme de formation continue, particulièrement à temps plein, il s’agit d’un retour « formel » aux études. Pour la plupart des gens, ce retour est enrichi d’une expérience du marché du travail, faisant en sorte qu’ils savent généralement ce qu’ils veulent et, surtout, ce qu’ils ne veulent pas. Ce genre de contexte implique une clientèle particulièrement exigeante, qui a des attentes, des objectifs de résultats et qui, en grande partie, veut réintégrer le marché du travail le plus rapidement possible. La question financière est habituellement beaucoup plus préoccupante pour les adultes en formation continue que pour les jeunes fréquentant le secteur régulier. Ils ne veulent (ou ne peuvent) pas investir des années en formation, mais désirent que celle-ci soit la plus large possible tout en étant la plus près possible des attentes du marché du travail. Par conséquent, cette clientèle, qui bien entendu n’est pas captive, exige des services spécialisés de qualité. Sinon, rien ne l’empêche de changer d’institution ou, pire, de tout simplement abandonner. L’aide à l’apprentissage ne doit donc pas être négligée.

Évidemment, les services de formation continue des cégeps sont conscients des différentes caractéristiques de leur clientèle et des facteurs rattachés au marché concurrentiel et évolutif dans lequel ils naviguent. Ils ont donc la constante préoccupation de s’adapter aux changements et de prendre des initiatives. Les nombreux partenariats « cégep-entreprise », établis au cours des dernières années, en sont des exemples concrets. 

Les partenariats

Pour être connectés au marché du travail et répondre aux besoins socioéconomiques des régions, les cégeps peuvent compter sur un partenaire de premier plan, soit Emploi-Québec. Dans les faits, c’est Emploi-Québec qui a la mission d’assurer l’arrimage entre l’offre et la demande en matière de main-d’oeuvre, de planifier les besoins, d’élaborer un plan d’action et des priorités régionales. Cet organisme procède également à des achats de cours de formation en fonction des priorités régionales ou locales qu’elle a établies.

Les entreprises elles-mêmes constituent aussi des partenaires importants. Soit qu’elles interpellent directement les cégeps, soit qu’elles sont interpellées par ces derniers. En effet, les cégeps font de plus en plus d’offres de service, non seulement aux entreprises, mais aussi à beaucoup d’organismes et ministères à vocation sociale, économique et culturelle.

Les exemples de partenariats réalisés à l’échelle du réseau collégial sont nombreux, institués parfois pour un besoin ponctuel, parfois pour du long terme. Il est donc impossible de les répertorier tous. En guise d’exemple, en voici quelques-uns :  

• Le collège Montmorency a développé un partenariat avec l’École nationale des pompiers du Québec en matière de sécurité-incendie. Ce partenariat lui a permis d’établir, en collaboration avec ladite école, des programmes permettant de former les officiers visés par la réglementation en cette matière. Ainsi, la diffusion des programmes officier non urbain, officier I et officier II de l’École nationale des pompiers du Québec est confiée de manière exclusive au collège Montmorency. Ce dernier peut notamment compter sur une quinzaine de cégeps partenaires lui permettant de rendre la formation disponible sur l’ensemble du territoire québécois.

• Le collège François-Xavier-Garneau a conclu une entente avec la Fédération des caisses Desjardins permettant de former plus de 12 000 de leurs employés dans les dernières années. Par ailleurs, dans le contexte de l’an 2000, le collège a conclu des partenariats d’affaires avec plusieurs firmes informatiques afin de relever les défis soulevés par cette conjoncture.

• Le service de la formation continue du collège de Bois-de-Boulogne a développé une expertise reconnue en matière de gestion de l’approvisionnement. Il offre en effet depuis plusieurs années différentes formations en approvisionnement : une attestation d’études collégiales (AEC) a d’ailleurs été développée en partenariat avec la Corporation des approvisionneurs du Québec (CAQ). De surcroît, un programme menant à l’obtention d’un DEC nommé « Profil gestion de l’approvisionnement » a été créé. En plus de la CAQ, ce programme est reconnu officiellement par de nombreuses autres associations liées à la gestion de l’approvisionnement, notamment l’Association canadienne de gestion des achats (ACGA) et l’Association des gestionnaires en ressources matérielles du Québec (AGRMQ).
 
• En novembre 2003, le cégep Marie-Victorin a renouvelé son entente de partenariat avec le Centre de santé et des services sociaux d’Ahuntsic et de Montréal-Nord, entente dont le premier mandat avait été signé en juin 1997. Ce partenariat, entre une maison d’enseignement et un regroupement du réseau de la santé et des services sociaux, a pour but d’offrir des formations novatrices qui répondent adéquatement aux besoins du personnel et des employeurs, et ce, particulièrement dans le secteur de la santé et de la gérontologie.

Bien d’autres partenariats auraient pu être mentionnés, particulièrement ceux qui sont établis avec les autres ordres d’enseignement. Il semble acquis que ces formes de collaboration constituent des occasions de développement et d’enrichissement des pratiques de formation et sont une démonstration de la capacité des cégeps de s’adapter aux demandes du milieu. Tout porte à croire qu’il s’agit d’une voie d’avenir. 

Les défis des services de formation continue

Les défis de gestion des services de formation continue des cégeps sont de plusieurs ordres, notamment technologique, pédagogique et financier.

D’un point de vue technologique, le développement de la formation à distance ou en ligne constitue un défi de taille. Cela implique non seulement l’intégration des nouvelles technologies dans l’enseignement, mais aussi la dotation de ressources professorales compétentes. Les contenus des programmes et les pratiques pédagogiques doivent être directement branchés sur les besoins. Livrer à temps, livrer le bon produit, par la bonne méthode, c’est un défi extrêmement exigeant. Les services de formation continue doivent donc tout mettre en oeuvre pour être à l’avant-garde dans ce domaine qui évolue de façon exponentielle.

Pour l’avenir, un des premiers défis pédagogiques d’importance consiste à améliorer la reconnaissance des acquis. Les adultes d’aujourd’hui qui sont en processus de formation possèdent des compétences qu’ils ont acquises en emploi. Une reconnaissance formelle de celles-ci permettrait un meilleur accompagnement des étudiants adultes dans leur cheminement vers une diplomation. Les cégeps doivent être capables de mesurer les compétences acquises par l’expérience, de les reconnaître et de préparer la formation manquante pour qualifier ces gens. Une telle reconnaissance aurait de multiples effets positifs à la fois pour les individus, les entreprises et les établissements collégiaux.

Par ailleurs, tel que nous l’avons mentionné au regard des caractéristiques de la clientèle adulte, l’aide à la réussite constitue également un élément préoccupant au niveau de la pédagogie. Les services de formation continue doivent s’assurer d’avoir des plans articulés et rigoureux pour soutenir les adultes dans leur projet de formation. Dans une telle optique, la qualité d’encadrement des professeurs prend toute son importance. L’évaluation des enseignants est également un enjeu.

Un autre défi consiste à trouver des moyens de faciliter l’arrimage entre l’enseignement régulier et l’enseignement offert en formation continue. La dynamique de gestion des cégeps au regard de l’enseignement régulier peut parfois créer une lenteur faisant en sorte que les services de formation continue ne peuvent s’ajuster rapidement à la demande et aux occasions. Comme d’autres types d’organisations, les services de formation continue des cégeps vivent les pressions de la concurrence, d’autant plus que le marché de la formation est peu réglementé. La réponse appropriée et rapide aux besoins des organisations exige donc flexibilité et initiative… deux conditions à l’attrait de la clientèle.

En ce qui concerne les défis rattachés au financement des services de formation continue dans les cégeps, citons le Conseil supérieur de l’éducation dans son avis transmis au ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport en avril 2006 : 

Il ressort particulièrement des entrevues menées au collégial que l’offre de formation est conditionnée par les ressources et les contraintes du milieu […] parmi les contraintes, on fait valoir aussi la nécessité, pour les services de formation continue des collèges, de dégager des surplus qu’on considère comme servant à financer le développement du collège. Pour limiter les conséquences de ces contraintes et générer des bénéfices d’ordre financier, plusieurs établissements tentent de se spécialiser ou de créer des partenariats entre eux afin de développer une masse critique dans un secteur spécifique et de proposer une offre de service à l’échelle nationale.

Cette pratique, qui soulève beaucoup de questionnements, a pour conséquence de créer un sous-financement structurel des services de formation continue. Une réflexion importante à ce sujet est souhaitée par les directions des services de formation continue des cégeps qui considèrent cette façon de faire comme un frein au développement de leurs services.

En somme, l’ensemble des défis soulevés, d’ordre autant technologique, pédagogique que financier, s’inscrit dans la volonté d’offrir une formation de qualité, adaptée aux besoins de la clientèle et aux exigences du marché du travail et de la société. 

Conclusion

Les services de formation continue des cégeps ont grandement évolué depuis leur création dans les années 1970. Nous pouvons d’ailleurs dire qu’ils ont évolué au rythme de notre société, plus particulièrement des grands courants qui ont affecté le marché du travail.

À l’affût des besoins des individus, des organismes socioéconomiques et des entreprises de leurs milieux et même de l’extérieur, ils constituent des foyers d’innovation permettant aux cégeps d’être des acteurs clés en matière de développement des compétences de la main-d’oeuvre. Ce qui leur confère ce dynamisme, c’est leur capacité de prendre des initiatives, d’offrir de plus en plus de services adaptés de façon stratégique aux besoins de leurs clientèles. L’imposante offre de formation disponible et les nombreux partenariats « cégep-entreprise » établis au fil des années en sont des exemples tangibles. Par ailleurs, le nombre impressionnant d’adultes recourant aux services de formation continue des cégeps est également significatif de la contribution de ces derniers à soutenir la volonté gouvernementale québécoise de miser sur l’apprentissage tout au long de la vie.

Plaques tournantes du développement des compétences et des qualifications de personnel, les services de formation continue des cégeps ne manqueront certainement pas d’occasions pour poursuivre la démonstration de leur savoir-faire !

Ce texte est extrait du volume Les cégeps : une grande aventure collective québécoise, sous la direction de Lucie Héon, Denis Savard et Thérèse Hamel, Les Presses de l'Université Laval, 2008, 533 pages

© La diffusion de ce texte sur le site a été autorisée par les Presses de l'Université Laval et par l'Association des cadres des collèges du Québec (ACCQ).



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