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L’entrepreneuriat, un apprentissage par l’action



 

 

Par Raymond-Robert Tremblay, coordonnateur du Projet d’éducation entrepreneuriale au collège (PEEC)

 

Au cégep de l’Outaouais, on a mis sur pied un projet éducatif pour les jeunes atteints de troubles d’apprentissage divers, basé sur l’entrepreneuriat. Ainsi nous expliquait Alexandre Matthieu, au colloque de l’AQPC lors d’une présentation commune pilotée par le PEEC:

Dans le cas de ces étudiants, souvent atteints de déficits d’attention, de manque de concentration et de difficultés d’apprentissage, le réflexe est de proposer des accommodements et du soutien pédagogique. Pour le cégep de l’Outaouais, le modèle de l’entreprise-école est une alternative dont les impacts positifs sont insoupçonnés. En effet, ce modèle se fonde sur 2 paradigmes :

  • Le paradigme de l’entrepreneuriat, qui vise l’innovation, la création pour soi et pour les autres, l’identification d’opportunités et la mise sur pied d’une entité structurée (Fayolle et Verstraete, 2005)
  • Le paradigme de l’entrepreneuriat éducatif qui vise la mise en place d’activités à saveur entrepreneuriale dotées d’intentions pédagogiques

Cette combinaison a des impacts certains sur les étudiants ayant des besoins particuliers, en leur permettant de mieux assimiler les apprentissages grâce au sens pratique que leur donne cette expérience authentique.

Alexandre Matthieu présente avec passion les réalisations entrepreneuriales du cégep de l’Outaouais.

On trouve dans cet extrait les caractéristiques de l’apprentissage par l’action (Action Learning). Cette école de pensée, initiée dans les années 40 par Reg Revans, a donné naissance à divers mouvements pédagogiques comme l’apprentissage par problème, la pratique réflexive et le mentorat. Plusieurs raisons sont évoquées en faveur de cette pédagogie et notamment qu’elle permet un apprentissage plus approfondi, plus collaboratif et le développement de compétences transférables. Comme on vient de le voir, l’apprentissage par l’action est spécialement adapté aux personnalités qui, pour une raison ou l’autre, n’aiment pas la méthode traditionnelle du cours magistral. Certains sont atteints de troubles d’apprentissage, mais certains sont simplement ennuyés par une trop longue attention passive : pour apprendre, ils et elles ont besoin de bouger.

Plus récemment, on a pu observer que l’utilisation d’une approche entrepreneuriale est spécialement propice à l’apprentissage par l’action. L’originalité des collègues de l’Outaouais repose sur le rapprochement dynamique qu’ils ont fait entre le développement des compétences entrepreneuriales et la mise en œuvre d’une stratégie favorisant l’apprentissage pour les élèves qui éprouvent des problèmes d’apprentissage. Loin de se limiter à ce contexte, on peut avancer que le développement de projets entrepreneuriaux, tout comme la pédagogie entrepreneuriale, favorise un apprentissage par l’action et donc bénéficie de toutes les qualités imputées à cette approche.

L’apprentissage par l’action comporte plusieurs caractéristiques qui explicitent son efficacité. Il s’agit d’un apprentissage en groupe collaboratif, comme dans les milieux de travail; il repose sur des expériences concrètes qui s’imprègnent profondément chez l’apprenant; il rend l’acquisition de connaissances théoriques spécialement pertinentes, car il soutient la résolution de problèmes, améliorant ainsi la motivation de l’apprenant. Qu’a-t-il en commun avec les approches entrepreneuriales?

Melissa Claudie Philippe décrit la pédagogie entrepreneuriale de la manière suivante :

Pour mettre en œuvre la pédagogie entrepreneuriale dans les salles de classe, Kearney (1999) propose une réflexion opérationnelle. Pour être entrepreneuriale, une séquence pédagogique doit comporter les 4 caractéristiques suivantes :

  • Elle est responsabilisante. Elle favorise la prise en charge par l’étudiant de sa propre démarche d’apprentissage.
  • Elle est expérientielle. Elle permet à l’étudiant de construire son apprentissage sur sa propre expérience plutôt que sur celle des autres.
  • Elle est réflexive. Elle permet à l’étudiant de réfléchir sur l’objet d’apprentissage et son processus d’appropriation des connaissances.
  • Elle est coopérative. Le travail collaboratif permet aux différents membres de l’équipe de contribuer au processus d’apprentissage des autres.

Melissa Claudie Philippe présente la pédagogie entrepreneuriale aux HEC de Montréal, à l’été 2108.

On comprend aisément que de telles approches permettent aux apprenants, dans un contexte scolaire ou périscolaire, de développer des compétences sous forme de savoirs, mais aussi de savoir-faire et d’attitudes adaptées aux contextes entrepreneuriaux. On trouvera une liste de ces apprentissages visés dans le Profil des compétences entrepreneuriales proposé par le PEEC. Un exemple intéressant des bienfaits de cette approche est présenté dans Pourquoi entreprendre :

Si je prends un exemple concret, en apprenant à devenir plus créatif via la voie de l’Artrepreneur par exemple, vous allez vous cultiver (comprendre), puis pratiquer des choses nouvelles (techniques, outils, …) et répéter jusqu’à ce que cela devienne naturel, un réflexe pour vous. Et au final, vous avez de nouvelles cordes à vos arcs (la créativité notamment) qui vous donnent plus de ressources pour faire face à l’imprévu, et donc plus de confiance pour naviguer dans l’inconnu.

La créativité, la capacité d’apprendre par soi-même, la confiance en ses moyens d’apprentissage autonome et à collaborer dans l’apprentissage sont des résultats souvent cités. Un jeune Français témoigne des bénéfices que sa propension entrepreneuriale lui a permis de recueillir :

La création de ma première entreprise à 18 ans avec mon associé m’a permis de m’épanouir en tant que personne. Bâtir une entreprise en s’entourant d’une équipe dynamique et la voir prospérer est une expérience que je souhaite à tous. Les apprentissages que mon associé et moi avons faits en cours de route, nos échecs et nos réussites nous ont même permis de lancer une deuxième entreprise il y a un an … ALLEZ-Y, OSEZ!


On cite aussi souvent cette résilience que développent les entrepreneurs : après un échec, on se relève, on fait le bilan et on repart sur de nouvelles bases en ayant acquis des expériences utiles au passage. L’expérience n’est rien d’autre qu’un cumul d’apprentissage acquis par la pratique ou, comme on le dit quelquefois, à l’école de la vie! Cette valorisation de l’apprentissage à travers l’échec est une des plus importantes différences de l’apprentissage entrepreneurial par l’action par rapport à l’enseignement traditionnel où la hantise de l’échec devient un conformisme et un obstacle à la créativité dans la résolution des problèmes.

Selon l’école de management Lyon Business School (oui, c’est une université en France…), l’apprentissage par l’action est la meilleure façon de développer les compétences de leadership. En permettant un apprentissage par l’expérience structuré par un travail d’équipe visant l’apprentissage du processus créatif de résolution de problèmes, l’approche 70:20:10 (une variante contemporaine de l’apprentissage par l’action) permet la mise en place d’un processus d’apprentissage continu. La relation entre la théorie et la pratique est inversée!

Comme on peut le voir, le travail de réflexion et les échanges représentent 90% du temps de travail. La théorie occupe une place restreinte, mais d’une efficacité totale en apprentissage, car l’apport théorique est ancrée dans la pratique et devient nécessaire à la résolution adéquate des problèmes.

Il s’agit certainement d’une approche très différente de la tradition, sauf qu’elle comporte de nombreux avantages :

  • Elle améliore la motivation et l’autonomie des apprenants.
  • Elle permet de développer de nombreuses compétences entrepreneuriales.
  • Elle convient particulièrement aux personnes qui souffrent d’un trouble d’apprentissage, notamment l’hyperactivité et le trouble de l’attention et de manière générale à toutes les personnes qui préfèrent la pratique à la théorie, ou du moins qui préfèrent apprendre une théorie en contexte de pratique.
  • Elle favorise la coopération et la communication dans l’équipe.
  • Elle permet l’acquisition de compétences génériques, particulièrement adaptée à un monde social où les personnes seront appelées à changer fréquemment d’emploi et même de carrière.
  • Elle rend les apprenants plus aptes à apprendre à apprendre de même qu'à s’entreprendre, individuellement et collectivement.

Personnellement, j’ai appris la gestion, le coaching et l’animation d’équipe uniquement de cette manière. Je suis devenu un intrapreneur reconnu et j’ai fréquemment franchi des frontières entre pratiques et disciplines. C’est un profil d’apprentissage qui convient à plusieurs et qui comporte sa part de surprise et de projets emballants. N’est-ce pas ce que l’on souhaite aux élèves d’aujourd’hui?


Références

Sur l’expérience menée en Outaouais : http://peec.profweb.ca/2018/08/23/resume-de-latelier-sur-les-multiples-figures-de-lentrepreneuriat-educatif-a-laqpc/

Une brève introduction à l’apprentissage par l’action : https://audreyjammes.wordpress.com/2012/04/09/quest-ce-que-lapprentissage-par-action-ou-action-learning/

Une introduction plus approfondie est disponible sur ce site qui, bien que gratuit, exige une inscription de votre part : https://www.12manage.com/methods_revans_action_learning_fr.html

Le document de Melissa Claudie Philippe comporte bien d’autres aspects intéressants sur la problématique : http://www.profweb.ca/publications/dossiers/la-pedagogie-entrepreneuriale-une-approche-pour-le-developpement-de-competences-transversales#section-2

Profil des compétences entrepreneuriales : http://peec.profweb.ca/wp-content/uploads/2017/01/Infographie-profil-competences.pdf

Pourquoi entreprendre : http://www.pourquoi-entreprendre.fr/confiance-en-soi-apprentissage/

Devenir entrepreneur : https://devenirentrepreneur.com/fr/marc-antoine-bovet/

Lyon Business School : https://executive.em-lyon.com/Solutions-entreprises/Former-vos-collaborateurs/Apprendre-par-l-action

 



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