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Un dernier mot du président du Conseil des Collèges, monsieur Yvon Morin



Texte publié en juin 1993 dans le dernier Rapport annuel du Conseil des collèges.

La loi 83, Loi sur la Commission d'évaluation de l'enseignement collégial et modifiant certaines dispositions législatives, a abrogé la Loi sur le Conseil des collèges (L.R.Q., chapitre C-57.1). Le présent rapport d'activités est donc le dernier que signe le Conseil des collèges. Une situation aussi particulière appelle un mot de conclusion.

Il n'est pas question de faire ici le bilan des activités du Conseil depuis sa création en 1979. Un tel bilan devrait cependant pouvoir être fait un jour, en toute objectivité, par une tierce personne. Il serait, en effet, utile de voir en quoi et comment les avis et les rapports du Conseil ont contribué à améliorer et à développer l'enseignement collégial. Pour faciliter la réalisation éventuelle de tels travaux de bilan et d'évaluation, le présent rapport donne en annexe plusieurs renseignements.
Ce n'est pas non plus le lieu d'analyser ni de commenter la décision d'abolir le Conseil des collèges. Les membres du Conseil ont toujours eu un vif souci de neutralité. Il ne conviendrait donc pas qu'ils analysent eux-mêmes les décisions du législateur à leur égard.

Dans un bref mot de conclusion, je me contenterai donc de faire, très simplement, trois observations.

1. La création du Conseil des collèges

Il importe tout d'abord de rappeler que le Conseil des collèges a été créé en 1979 sur une recommandation que faisait le Conseil supérieur de l'éducation dans son rapport intitulé le Collège (connu sous le nom de rapport Nadeau).
Pour « orienter et soutenir la prochaine étape de l'évolution des collèges » et pour assurer « la mise en œuvre du renouveau » contenu dans le Livre blanc Nouvelle étape, le gouvernement avait fondé de grands espoirs sur la contribution d'un organisme consultatif. Il n'avait pas hésité à lui confier des mandats nombreux et exigeants concernant l'étude des besoins éducatifs, la proposition et la définition d'objectifs, le développement et la révision des programmes d'études, la répartition et le niveau des ressources financières allouées aux collèges, l'évaluation et l'aide à l'évaluation, la coordination et la concertation ... Le gouvernement avait en effet acquis la conviction que « dans une société comme la nôtre, des organismes indépendants et solidement enracinés dans le milieu ont puissamment contribué à stimuler la collaboration et la concertation et à favoriser la poursuite de l'excellence ».

Le Conseil des collèges a toujours cherché à guider sa conduite sur les éléments majeurs de cette conviction. Enraciné, le Conseil l'était d'abord par la large représentativité de ses membres qui venaient de divers milieux (collèges, universités et commissions scolaires ; milieux patronal et syndical ; membres internes et externes aux collèges) et de diverses régions du Québec. Il était aussi enraciné par sa politique des communications et ses méthodes de travail. Il entretenait des contacts réguliers et fréquents avec des représentants de nombreux organismes intéressés à l'enseignement collégial. Il faut rendre hommage à ces organismes et aux collèges qui ont toujours répondu avec empressement et compétence aux demandes du Conseil des collèges.

Le Conseil a aussi eu le souci de stimuler la collaboration et la concertation. Ce souci est non seulement revenu comme un leitmotiv dans ses avis et ses rapports, mais le Conseil a lui-même organisé plusieurs activités d'animation et de réflexion sur des questions dont les solutions ne pouvaient venir précisément que de la collaboration et de la concertation des acteurs.

Enfin, le Conseil s'est vivement  préoccupé de « favoriser la poursuite de l'excellence ». Que l'on pense, par exemple, à ses insistances répétées sur la mission des collèges, la formation fondamentale, l'approche programme, l'évaluation, la réussite scolaire, la mise en valeur des ressources humaines ... Son dernier rapport sur les priorités pour un renouveau de l'enseignement collégial se situait nettement dans une  visée d'excellence.

Le Conseil a certes contribué « à orienter et à sou tenir l'étape » qu'ont franchie les collèges de 1979 à 1993. Pour la prochaine étape, d'autres organismes prendront  la relève.

2. La  fonction d'évaluation

Un des organismes majeurs du renouveau de 1993 sera incontestablement la Commission d'évaluation. Celle-ci, aussi bien par son mandat et ses pouvoirs que par les ressources qui lui seront allouées, n'aura à peu près rien de commun avec l'actuelle Commission de l'évaluation du Conseil des collèges. Dans son rap port sur les priorités, le Conseil des collèges lui-même et de nombreux organismes ont recommandé de renforcer les mécanismes d'évaluation des collèges. La Commission d'évaluation devrait être en mesure d'apporter une réponse satisfaisante aux attentes des collèges et de divers milieux en matière d'évaluation.

Le développement de l'évaluation dans les collèges, sous l'impulsion de la Commission de l'évaluation du Conseil des collèges, a beaucoup progressé.  Malgré un mandat faible et même ambigu, malgré des ressources plus que modestes (la Commission du Conseil pouvait compter sur un personnel de cinq  personnes et un budget d'environ 350 000 dollars ; la nouvelle Commission aura un personnel d'une trentaine de personnes et un budget d'environ trois millions de dollars), malgré des résistances multiples et tenaces qui se sont manifestées à tous les niveaux, malgré une absence de soutien explicite dans les lois et les règlements, la Commission de l'évaluation a accompli un travail qu'il n'est pas exagéré de qualifier de remarquable. Pour apprécier le chemin parcouru, il suffit, par exemple, de relire le Journal des débats de la Commission  permanente de l'éducation du mardi 26 mai 1987. Lors de ce débat, le Ministre, à la suite de plusieurs représentations des collèges, rappelait que la Commission de l'évaluation avait strictement un mandat « de caractère général, un mandat d'examiner comment dans l'ensemble les politiques d'évaluation sont mises en œuvre » ; elle n'avait pas le mandat de faire « une évaluation collège par collège ». Le Ministre dénonçait  le  fait  que  la  Commission  de l'évaluation
« semblait comprendre son mandat comme un mandat d'inspection aux yeux de plusieurs collèges », alors qu'elle aurait, selon son gré, visité les collèges, interrogé le personnel et rendu publics ses rapports d'évaluation.

Pour la nouvelle Commission d'évaluation, un tel débat sur son mandat sera chose du passé. En effet, la loi lui donne explicitement le mandat d'évaluer chacun des programmes dans chacun des collèges ; elle aura le pouvoir d'établir ses critères et ses méthodes d'évaluation, d'arrêter son calendrier de travail, de rencontrer qui elle voudra, de rendre publics ses rapports nominatifs quand et comme elle le décidera. Il s'agit là d'un virage majeur.
Il faut souhaiter que la nouvelle Commission produise les résultats escomptés et qu'elle contribue effectivement à améliorer la qualité de la formation collégiale et à maintenir les collèges sur la voie de l'excellence.

3.  La fonction consultative

La fonction consultative exercée par le Conseil des collèges retournera au Conseil supérieur de l'éducation, selon la situation qui prévalait avant 1979. Dans ce transfert de responsabilités, le législateur laisse cependant tomber, à peu d'exceptions près, les dimensions particulières et spécialisées de la fonction consultative qu'exerçait le Conseil des collèges.

Depuis sa création, soit de 1979 à 1993, le Conseil des collèges a produit plus de 70 % de ses avis sur des questions particulières expressément prescrites par la loi: création, révision et implantation de programmes d'études ; création de nouveaux collèges ; répartition des allocations budgétaires entre les collèges ; plans et règles des investissements ... Ces avis particuliers pouvaient parfois paraître trop spécialisés, ayant peu d'impact sur l'ensemble du réseau collégial. Mais seule une analyse attentive de ces avis permettrait d'en apprécier la juste valeur. Nous pourrions ainsi mesurer jusqu'à quel point ces avis ont pu contribuer à instaurer plus de rigueur, d'équité et de transparence ; à fixer des critères et des objectifs centrés sur la mission de formation des collèges ; à favoriser une vision stratégique à travers des actions particulières ; à éviter les improvisations et les décisions hâtives provoquées par des pressions diverses... Souvent, ces avis ont servi à donner une voix à ceux et à celles qui n'avaient pas accès aux lieux officiels de décision. Ces voix ont fréquemment apporté des points de vue et des considérations d'une utilité incontestable.

Il faut souhaiter que le Conseil supérieur de l'éducation puisse par ses avis, même s'ils sont de portée générale et systémique, contribuer à éclairer directement et concrètement les nombreuses prises de décision particulières. Ce sont ces décisions concernant les objectifs, les programmes et les ressources qui ont des effets importants sur les collèges, sur leur capacité d'accomplir avec qualité ou non leur mission et leurs projets éducatifs.

Je voudrais en terminant remercier les nombreuses personnes qui ont, d'une manière ou d'une autre, participé aux travaux du Conseil des collèges. Je pense tout d'abord à tous les membres et ex-membres du Conseil et de ses commissions qui, bénévolement, ont été les penseurs et les véritables signataires des rap¬ports et des avis du Conseil. Je pense aussi au personnel qui s'est mis au service du Conseil et de ses commissions. Il faut des compétences élevées de recherche, d'analyse, de synthèse, de rédaction, et des attitudes très développées de service, de patience et même d'abnégation pour répondre aux exigences de qualité d'un conseil consultatif. Je pense, enfin, à ces très nombreuses personnes qui ont, de multiples façons, apporté une précieuse collaboration au Conseil. Le Conseil et ses commissions ont multiplié les activités de consultations: rencontres, visites, tables rondes, audiences, entrevues, demandes ad hoc. Partout, l'accueil et la collaboration  ont été exceptionnels.

Le Conseil des collèges est fier d'avoir pu accompagner les collèges dans leur développement au cours de la décennie des années quatre-vingt. En cédant sa place à d'autres instances, il souhaite aux collèges de réussir leur entreprise de renouveau et d'assurer à la population du Québec une formation collégiale de qualité.

Le président du Conseil des collèges, Yvon Morin

 

Note du Portail:  Yvon Morin a été directeur général et chargé de la construction du nouveau CEGEP de Drummondville (1980-1985). Il s’établit à Québec et est nommé président du Conseil des Collèges (1985-1993). De 1993 à 2010, travailleur autonome à titre de consultant en gestion scolaire dans les CEGEPS, son expérience, sa compétence, sa capacité d’analyse et de synthèse en firent un consultant très recherché. Il est décédé à Québec le 29 mars 2012.



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