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Formations infirmières

2020-10-15


Thérèse Lafleur
Rédactrice

La crise sanitaire majeure, la COVID-19, met en lumière le rôle stratégique et les tâches complexes des infirmières et des infirmiers. Ils sont au front pour nous. Leur compétence repose une formation qui les dote de savoirs leur permettant d’agir judicieusement et efficacement. Mais devant les exigences croissantes que demande l’exercice de la profession, y aurait-il lieu de rehausser la formation ? La question est d’actualité comme le souligne Brigitte Breton dans sa chronique Formation des infirmières : c’est reparti !

Quand on choisit cette carrière, plusieurs voies de formation sont possibles soit au collégial et/ou à l’université partout au Québec. Toutes mènent au permis à obtenir pour être membre de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) afin d’exercer la profession et de porter le titre comme défini dans la Loi sur les infirmières et les infirmiers :

Article 36 : Constitue l’exercice de la profession d’infirmière ou d’infirmier tout acte qui a pour objet d’identifier les besoins de santé des personnes, de contribuer aux méthodes de diagnostic, de prodiguer et contrôler les soins infirmiers que requièrent la promotion de la santé, la prévention de la maladie, le traitement et la réadaptation ainsi que le fait de prodiguer des soins selon une ordonnance médicale.

Dans la perspective de bien discerner les différentes possibilités qu’offre l’enseignement supérieur pour la formation du personnel infirmier au Québec, le Portail du réseau collégial présente les parcours préalables à l’examen de l’ordre professionnel pour accéder au droit de pratique.

Soins infirmiers au collégial

Après l’obtention de son Diplôme d’études collégiales (DEC) en Soins infirmiers, un diplômé peut ensuite se présenter à l’examen de l’OIIQ pour obtenir son permis et porter le titre d’infirmière ou d’infirmier. Ce DEC de trois ans peut être fait en accéléré sur deux ans si l’étudiant détient déjà un autre DEC. Pour une formule ou l’autre, des préalables doivent être rencontrés pour être admis au DEC en Soins infirmiers.

C’est à la grandeur du Québec que les étudiants ont accès au programme technique de Soins infirmiers. Il se donne sur 60 sites ! En effet, des 46 cégeps dispensant ce DEC, plusieurs l’offrent dans leurs composantes régionales. Les détails relatifs au DEC Soins infirmiers sont disponibles sur Pygma et Inforoutefpt.

Sciences infirmières à l’université

Le Baccalauréat (BAC) en sciences infirmières, d’une durée de trois ans, est ouvert aux étudiants détenant un DEC dans des programmes ciblés et rencontrant les préalables exigés. Des précisions sur ce BAC sont disponibles sur monemploi.com.

Il est aussi possible de poursuivre des études universitaires dans le domaine soit au Microprogramme en prévention et contrôle des infections ou encore pour obtenir un Diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS), une Maîtrise en sciences infirmières ou un Doctorat en sciences infirmières.

Le DEC + le BAC

La formule intégrée de formation des infirmières et des infirmiers, le DEC-BAC, est très développée au Québec. La collaboration cégeps-universités permet d’ailleurs que cette passerelle soit accessible dans la majorité des universités québécoises.

Un étudiant peut donc obtenir son diplôme universitaire en cinq ans au lieu de six ans soit un DEC de trois ans en Soins infirmiers + un BAC de deux ans en sciences infirmières. À noter que les diplômés du DEC en Soins infirmiers ont accès à l’examen de l’Ordre dès la fin de leur collégial. Ils sont ainsi en mesure d’obtenir leur permis de pratique avant même d’amorcer leurs études universitaires au BAC.

Le directeur des études du Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu, Philippe Bossé, précise que : « le DEC-BAC s’adresse à tous les étudiants qui ont un DEC en Soins infirmiers. Ce DEC-BAC permet d’accéder à des pratiques qui ne sont pas nécessairement ouvertes au détenteur du DEC, notamment en gestion. Par exemple, les titulaires du Baccalauréat en sciences infirmières peuvent faire la gestion des soins, l’enseignement, les soins communautaires ce qui n’est pas le cas avec uniquement un DEC en Soins infirmiers. Donc en étudiant seulement deux ans de plus après son DEC, la personne peut obtenir son BAC. C’est une année de moins à l’université, une formule qui permet des économies et d’intégrer le marché du travail un an plus tôt. D’ailleurs, comme il fait la majeure partie de ses études au cégep près de chez lui, l’étudiant réduit ses frais ainsi que les coûts de financement pour l’État. »

Un étudiant peut aussi s’engager dans un parcours différent qui s’étend sur cinq ans. Il peut faire un DEC préuniversitaire de deux ans + un BAC de trois ans en sciences infirmières, habituellement le DEC en Sciences de la nature - profil santé (chimie, biologie). Toutefois, ce n’est qu’après l’obtention de son baccalauréat qu’il pourra se présenter à l’examen de l’OIIQ pour obtenir son permis de pratique. Ajoutons que d’autres cheminements sont envisageables selon les préalables particuliers à chaque université et le parcours spécifique du candidat qui demande son admission au baccalauréat.

Stages et technologie

Que soit au collégial ou à l’université, l’offre de stages en milieu hospitalier s’avère complexe chaque année. En effet, les hospitalisations sont moins longues et moins fréquentes ou, par exemple,les admissions en pédiatrie sont plus rares ce qui complique et parfois limite les expériences de stages. « Toutefois, le diplômé du DEC en Soins arrive avec une longueur d’avance car il peut obtenir son droit de pratique dès la fin de son collégial, avant d’amorcer ses études universitaires. Les stages peuvent alors être faits en tutorat et supervisés par une infirmière du milieu. » spécifie monsieur Bossé.

Pour faire face à la difficulté de trouver des milieux de stages, des établissements aménagent les espaces dédiés au programme de Soins infirmiers sur le modèle d’un centre hospitalier. Ainsi les étudiants baignent dans cette ambiance. S’ajoutent les mannequins haute-fidélité, de coûteux investissements qui contribuent réellement aux apprentissages. Selon monsieur Bossé « ils ne sont pas une panacée, mais ils permettent de bonifier la formation pratique et de diversifier les situations cliniques, ce qui apporte beaucoup à la formation. La simulation permet aux étudiants de développer leur jugement clinique dans un environnement sécuritaire avec des mises en situation propre à soutenir le plein exercice de la profession. Pas besoin du mannequin haute-fidélité pour faire un bandage, mais par contre, quand il s’agit de savoir quoi faire, à quel moment, quels signes vérifier, quelles doses donner, alors il faut un cas réel ou une simulation. C’est à travers ces simulations que se développe le jugement. Le mannequin offre la possibilité de pratiquer et les étudiants apprécient l’expérience. »

Le consensus à propos du rehaussement de la formation

Représentant du programme Soins infirmiers à la Commission des affaires pédagogiques de la Fédération des cégeps, monsieur Bossé mentionne : « on ne se cachera pas que l’OIIQ souhaite le rehaussement de la profession infirmière et veut que le baccalauréat soit le diplôme qualifiant pour exercer. Donc un diplômé du DEC en Soins infirmiers ne pourrait plus obtenir de titre professionnel. C’est sûr qu’à la Fédération des cégeps nous ne sommes pas d’accord,mais c’est certain que, nous aussi, on souhaite un rehaussement de la formation infirmière. »

Monsieur Bossé poursuit en expliquant : « qu’il pourrait y avoir une année supplémentaire au collégial, soit un DEC de quatre ans, qui permettrait d’accéder au permis d’exercer sans nécessairement que ce soit un baccalauréat obligeant à passer par l’université. Nous sommes ouverts à l’idée de rehausser la formation, c’est un point de vue que l’on partage. Cependant la démonstration n’a pas été faite que le DEC est insuffisant ! Nous sommes d’avis que le rehaussement devrait passer par le collégial. D’ailleurs ce ne sont pas tous les étudiants qui veulent poursuivre au baccalauréat. »

En 2017, dans son avis Mieux soutenir la diversité des parcours et des étudiantes et des étudiants à l’enseignement collégial, le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) référait au Chantier sur l’offre de formation collégiale (Demers 2014) et sur les pistes de travail qu’il proposait en 2015 dans son avis Retracer les frontières des formations collégiales : entre l’héritage et les possibles : réflexions sur de nouveaux diplômes collégiaux d’un niveau supérieur à celui du DEC technique afin de donner une plus grande flexibilité à l’organisation de l’enseignement collégial. Des points de vue qui peuvent être considérés dans la réflexion relative au rehaussement de la formation infirmière.

En Ontario, une formule collaborative pour un BAC « appliqué »

Le système d’éducation diffère dans les autres provinces canadiennes, il n’y a pas de collèges d’enseignement général et professionnel comme au Québec. Directement après leur secondaire, les étudiants peuvent entrer à l’université ou aller dans un collège communautaire. Certains de ces collèges offrent des programmes de baccalauréat dans des domaines théoriques ou appliqués.

En Ontario par exemple, le George Brown College et le Centennial College en partenariat avec la Ryerson University proposent le Bachelor of Science in Nursing (B.Sc.N.). Après deux années d’études au collège + deux ans à l’université, l’étudiant reçoit son diplôme de Ryerson University. Ce baccalauréat est un programme collaboratif en soins infirmiers approuvé par l’Ordre des infirmières et des infirmiers de l’Ontario (OIIO) et est exigé afin de pouvoir travailler. Après avoir complété avec succès sa formation au Bachelor of Science in Nursing, le diplômé doit se soumettre à l’Examen de licence du Conseil national - infirmières autorisées (NCLEX-RN), un examen d'entrée à la pratique pour ceux qui postulent pour devenir infirmière ou infirmier autorisé en Ontario. Ce programme de quatre ans jouit d’un grand attrait et suscite une sérieuse concurrence pour y être admis.

Le défi du recrutement

Au Québec, malgré les efforts investis et la multiplication de salons pour valoriser la profession infirmière, le recrutement d’étudiants s’avère difficile, tout comme le recrutement du personnel enseignant. Il semble que le message véhiculé, notamment dans les médias, met en évidence l’épuisement et les mauvaises conditions d’exercice de la profession laissant dans l’ombre ce qui se passe bien dans ce réseau. Ces éléments ont certainement une incidence sur les ambitions de faire une carrière d’infirmière ou d’infirmier. Une profession principalement exercée par des femmes et par des diplômés détenteurs presque à parts égales d’un diplôme d’études collégiales ou universitaires.



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