Un texte d’Élise Prioleau, rédactrice au Portail du réseau collégial

Ils étaient huit étudiants et étudiantes en soins infirmiers du Collège Vanier à atterrir ce mois-ci au Malawi pour y compléter leur stage de fin d’études. Depuis 14 ans, des étudiants québécois rejoignent la Mission St-Andrews, un hôpital rural, ainsi que l’hôpital central de Kamuzu à Lilongwe, la capitale du pays, afin de réaliser un stage pratique et théorique de six semaines. « Le Malawi est un pays extrêmement défavorisé où les futurs infirmiers et infirmières côtoient des réalités très différentes de ce qu’ils et elles pourraient voir au Québec en soins de santé », explique Alena Perout, directrice adjointe de la Faculté des sciences humaines, du commerce, des arts et lettres, de la musique et responsable de la mobilité internationale au Collège Vanier.

 

Alena Perout, directrice adjointe de la Faculté des sciences humaines, du commerce, des arts et lettres, de la musique et responsable de la mobilité internationale au Collège Vanier.

 

« Le jour, les stagiaires font notamment des consultations à la clinique ou à domicile, où ils se rendent à bicyclette. Le soir, l’enseignant sur place les invite à s’exprimer sur ce qu’ils ont vécu durant la journée et du choc culturel auquel ils sont nécessairement confrontés. » Cette expérience marque le parcours de vie de ces étudiants, dont plusieurs retournent au Malawi par la suite pour retrouver des amis qu’ils se sont faits et revenir sur les lieux de leur stage, comme l’évoque Mme Perout.  

Ces étudiants du Collège Vanier ne font pas exception. Au Québec, les cégépiennes et cégépiens sont de plus en plus nombreux à participer à un stage ou à un séjour d’études à l’étranger. Entre 2010 à 2014, le nombre d’étudiants qui ont participé à un projet de mobilité internationale a presque doublé, passant de 2 829 à 4 379 dans 44 établissements, selon le plus récent rapport de la Fédération des cégeps.

60 programmes orientés vers l’international
Si les étudiants sont nombreux à convoiter les projets d’études à l’étranger, il en va de même des collèges dont la plupart sont très impliqués dans le développement de partenariats internationaux. Entre 2010 et 2014, le nombre de programmes d’études orientés vers l’international a doublé et totalise aujourd’hui 60 programmes à travers la province, selon la Fédération des cégeps. En 2014, 80 % des collèges québécois avaient des ententes avec 30 pays issus des cinq continents.

 

Francis Brown Mastropaolo, directeur des affaires internationales à la Fédération des cégeps.

 

« L’internationalisation des études a le vent dans les voiles, affirme Francis Brown Mastropaolo, directeur des affaires internationales à la Fédération des cégeps. Notre objectif est la croissance des échanges internationaux au collégial, non seulement à travers la remise de bourses à la mobilité étudiante et enseignante, mais aussi en développant de nouveaux partenariats à l’étranger, en favorisant l’exportation du savoir-faire des professionnels des cégeps, en faisant mieux connaître l’expertise de nos collèges partout dans le monde et en recrutant des étudiants internationaux », explique-t-il.

Ce printemps, la Fédération des cégeps prévoit lancer un nouveau site Web destiné à renseigner les étudiants internationaux sur les programmes d’études offerts au Québec et de faciliter les contacts avec les intervenants d’ici. Le nombre d’étudiants internationaux a connu une hausse de 20 % entre 2017 et 2018. Leur nombre est passé de 3 779 à 4 431 dans le réseau collégial.

 

 

Mireille Poulin, coordonnatrice à la mobilité internationale à la Fédération des cégeps.

« Que ce soit en intégrant des étudiants étrangers dans nos programmes, en proposant aux étudiants des contenus de cours qui impliquent des échanges avec d’autres pays ou en réalisant des stages à l’étranger, tous nos projets ont pour vocation de former des citoyens conscients des enjeux mondiaux et qui seront outillés pour contribuer à la société québécoise de demain, de plus en plus multiethnique », complète Mireille Poulin, coordonnatrice à la mobilité internationale à la Fédération des cégeps.

Étudiants du programme Monde contemporain (Cégep de Ste-Foy) lors d'un séjour d'études en Irlande en 2018

Enrichissement personnel et professionnel
« À l’étranger, les étudiants développent leur autonomie, apprennent à mieux se connaître et clarifient leur choix de carrière tout en se confrontant à une autre culture, d’autres manières d’apprendre et à de nouvelles idées », résume Emmanuelle Pilote, coordonnatrice du Bureau de l’international et de l’entrepreneuriat au Cégep de Ste-Foy.

En plus des bénéfices sur le plan personnel, c’est aussi une expérience professionnelle unique que les étudiants et étudiantes vont chercher à l’international, fait valoir Emmanuelle Pilote. « Les échanges ont l’avantage d’initier nos étudiants à des savoir-faire et des milieux inédits. Par exemple, notre programme de sciences de la nature organise depuis trois ans une expédition au Belize dans les Caraïbes. » Arrivé sur place, le groupe d’étudiants est accueilli dans un centre de recherche situé sur une île privée où ils côtoient des biologistes qui travaillent en zone tropicale, relate la coordonnatrice du Bureau de l’international. « Les étudiants vont sur le terrain faire de l’observation d’espèces aquatiques et prélever des échantillons d’eau qu’ils utiliseront par la suite dans le cadre du cours d’intégration en biologie. » 

 

Emmanuelle Pilote, coordonnatrice du Bureau de l’international et de l’entrepreneuriat au Cégep de Ste-Foy.

 

Aujourd’hui dans le réseau collégial, il y a un engouement pour ce type de projets qui permettent de bonifier le parcours scolaire des étudiants et de leur offrir des occasions uniques d’apprentissage auxquelles ils n’auraient pas accédé autrement, comme l’explique Emmanuelle Pilote.

Les enseignants et enseignantes, porteurs de projets
Le succès des échanges internationaux repose sur le travail des enseignants et enseignantes qui s’y impliquent volontairement, souligne la coordonnatrice du Bureau de l’international au Cégep de Ste-Foy. « Les enseignants sont les initiateurs de tous les projets à l’international. Ce sont eux qui en amont préparent les échanges, travaillent à l’intégration des séjours de mobilité dans les cours qu’ils enseignent, s’assurent de la cohérence de la démarche et qui parfois partent à l’étranger avec un groupe d’étudiants. »

Il n’est pas rare que les ententes internationales commencent par un projet de mobilité enseignante ou de groupe, selon Emmanuelle Pilote. Même son de cloche du côté de la Fédération des cégeps, où l’on considère que la hausse du nombre d’enseignants qui ont réalisé un projet à l’étranger a influencé dans les dernières années la croissance du nombre d’ententes avec des collèges étrangers. Les enseignants sont de plus en plus nombreux à poser leur candidature pour des bourses du Programme de soutien à la mobilité enseignante au collégial. Entre 2010 et 2014, ils sont passés de 461 à 690 à réaliser une expérience à l’étranger, selon la Fédération des cégeps.

« La mobilité enseignante permet non seulement de créer de nouveaux partenariats, mais aussi de réaliser une analyse plus fine des programmes des autres pays et de développer des partenariats plus complexes. C’est ce qui a permis entre autres d’envisager dans les dernières années la mise en place de séjours étudiants de longue durée à l’étranger dans les cégeps », explique Francis Brown Mastropaolo. Fait étonnant qui illustre la tendance, en 2018-2019 deux étudiants au programme Langues et Cultures du Collège Vanier sont partis étudier le mandarin en Chine pour une année complète.

Étudiants du cours complémentaire Espagne Islamique (Collège Vanier) lors d'un séjour d'études en Espagne en 2018


Vers une diversification des échanges

En plus de la croissance exponentielle des partenariats avec des pays asiatiques et l’utilisation de plus en plus fréquente des technologies numériques comme moyens de communication entre les pays, « on risque de voir se développer dans le futur une diversification du type de projets en mobilité internationale, affirme le directeur des affaires internationales à la Fédération des cégeps. Nous imaginons, par exemple, la possibilité de créer des projets multidimensionnels qui permettraient aux étudiants de combiner au cours de leur séjour à l’étranger des études théoriques, un stage et des rencontres avec des experts notamment ».

Pour soutenir le développement des échanges internationaux dans les cégeps, toutefois, le financement accordé par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) devrait être réévalué à la hausse afin de répondre à la demande de bourse de courts séjours, demande qui dépasse de 200 % la capacité financière de l’enveloppe budgétaire actuelle, selon la Fédération des cégeps. Une autre preuve de la grande réussite des projets internationaux dans les collèges.

 



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