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Quelles sont les conditions favorables permettant d’internationaliser la formation?

2015-01-26


Dans le cadre du dernier congrès de la Fédération des cégeps, « Des cégeps de classe mondiale », un atelier abordait le thème de l’internationalisation de la formation (IdF). Il s’agit d’un processus d’intégration de dimensions internationales et interculturelles à l’enseignement. Le réseau collégial fait de grands pas dans ce domaine. Dans le cadre de cet atelier, cinq membres du comité d’internationalisation de la formation ont illustré le processus d’implantation de l’IdF dans leur propre cégep et l’ont rattaché à une démarche globale développée par le comité de l’internationalisation de la formation sous forme de cartes mentales. Voici le résumé de leurs exposés.

Participaient à l’atelier :
Mme Andrée Beaudin-Lecours, conseillère pédagogique, Collège de Maisonneuve
• Mme Marie-Claude Deschênes, directrice des études, Cégep de La Pocatière
 Mme France Lamarche, directrice des études, Collège Montmorency
M.Richard Laroche, directeur adjoint des études, Collège Ahuntsic
Mme Marie-Carole McKenzie, directrice adjointe des programmes, Cégep régional de Lanaudière à Joliette

Animation : Mme Pascale Bédard, coordonnatrice, Garneau international

Quatre cartes mentales pour « Entreprendre une démarche d’internationalisation de la formation »
L’IdF est de plus en plus présente dans les cégeps, mais demeure encore méconnue par certains des acteurs du milieu collégial. Le comité sur l’internationalisation de la formation relève de la Direction des affaires internationales de la Fédération des cégeps, mais a été mis en place par Cégep international en2007. Anne-Marie Lemay, coordonnatrice de la mobilité internationale, est responsable de ce comité. Le comité a comme principal mandat de transmettre les connaissances sur la question dans le réseau. Au départ, le comité était composé de trois personnes des collèges de Maisonneuve, de Victoriaville et du Cégep régional de Lanaudière convaincues que l’internationalisation des cégeps passait par l’internationalisation des programmes. Le comité intègre maintenant des personnels de direction et des professionnels qui explorent différentes voies afin d’intégrer l’international dans les programmes et dans les cours. Lors du dernier congrès, le comité a dévoilé le fruit de son travail qui prend la forme d’une synthèse : « Entreprendre une démarche d’internationalisation de la formation ». Sous forme de graphiques, le document permet à l’aide de quatre cartes mentales de détailler l’ensemble des éléments clés du processus d’internationalisation de la formation. Les cartes mentales reflètent la complexité du processus.

Les raisons pour internationaliser les formations
Dans le document« Portrait des activités internationales des cégeps » déposé lors du congrès, 44 cégeps ont répondu au questionnaire sur les raisons pour lesquelles les cégeps entendent internationaliser leurs formations. Quelque 77 % d’entre eux précisent que c’est pour former des étudiants ouverts sur le monde et développer une sensibilité interculturelle; 70 % retiennent l’amélioration des programmes d’études; 67 % estiment qu’il s’agit d’une réponse aux enjeux du 21e siècle. Dans les établissements, 123 programmes ont intégré un stage en milieu interculturel ici ou ailleurs; 92 programmes offrent des cours avec une perspective comparative; 84 tiennent compte de l’interculturel; 76 offrent des cours portant sur un sujet international et 40 ont un profil international.

Dans l’atelier, les participants ont abordé trois niveaux structurels et organisationnels de cette internationalisation, soit les niveaux institutionnel et pédagogique et le niveau des profils institutionnels. Le présent compte rendu s’attarde sur les conditions gagnantes et les perspectives d’avenir avancées par les personnes ressources.

POURQUOI DONNER UN SENS INSTITUTIONNEL À l’IdF?

Marie-Claude Deschênes, directrice des études, Cégep de La Pocatière, a expliqué le contexte de ce cégep situé à 400 kilomètres de Montréal. Un cégep de 1000 étudiants répartis sur deux  campus avec une clientèle homogène à 95 % d’origine francophone. La région connaît une forte décroissance démographique qui a amené le cégep à orienter ses activités internationales sur le recrutement des étudiants étrangers. Le collège s’est doté d’une politique d’internationalisation en 2006. Au fil des ans, les plans stratégiques du collège ont donné de plus en plus de place à l’internationalisation : en 2004, on souhaitait « s’engager sur la voie de l’internationalisation », en 2008, « poursuivre », en 2012, « accentuer ». En 2013, un changement organisationnel s’est traduit par une résistance de certains employés. On s’est mis à remettre en question les investissements à l’international et ses retombées. Des questions sur les étudiants internationaux ont également été soulevées. Des groupes se sont polarisés entre les pour et les contre. Suite à la publication de l’avis du Conseil supérieur de l’éducation sur le sujet, la direction a engagé des échanges avec la commission des études. La relance a pris la forme d’un diagnostic détaillé des activités : contexte, importance, les budgets, les stratégies de recrutement, etc. Le portrait a été partagé avec toute la communauté. Une action exigeante, mais payante. Le vent a tourné. Le conseil d’administration en a fait une priorité institutionnelle.

Comment le collège a-t-il donné un sens à l’IdF?
Le collège a réussi à redonner un sens à sa démarche d’IdF en misant sur la collaboration avec le syndicat des enseignants, en organisant une demi-journée pédagogique, en aménageant une réorganisation administrative, en invitant l’association étudiante à collaborer et en introduisant l’IdF dans la  politique de gestion des programmes et les guides d’accompagnement.

Les conditions gagnantes?
La communication
La mobilisation
Le pas vers l’avenir : Développer une grille d’évaluation des projets d’IdF

POURQUOI LA DIRECTION DES ÉTUDES DOIT-ELLE ASSURER UN LEADERSHIP DANS L’IdF?

France Lamarche, directrice des études, Collège Montmorency, explique comment la direction du Collège Montmorency a le souci de travailler afin de donner une cohérence aux différentes interventions en internationalisation. Pour y arriver, il faut une gestion intégrée des différents intervenants et des différentes interventions qui se font dans un collège. Il faut outiller les différents intervenants afin de rendre le processus le plus efficient possible. Il faut soustraire la logistique administrative pour les professeurs et leur laisser toute la place pour mettre en place des projets internationaux de qualité en lien avec les programmes de formation.

La création du Bureau de Montmorency international a joué ici un rôle-clé. Tous les projets doivent être approuvés par la direction des études, qui s’assure que toutes les dimensions sont prises en compte et respectées (pédagogiques, administratives, financières). Il faut assurer la gestion du changement « parce que ça change le monde d’aller à l’international ». Il faut aussi aider les gens à revenir au collège.

Le Collège Montmorency est actif à l’international depuis maintenant 25 ans. La mise en place d’une politique de l’internationalisation aide à mieux gérer le tout. Il a dû développer des activités d’information, de sensibilisation, de mobilisation, de partenariat et de coopération. Il a eu le souci d’ancrer sa politique d’internationalisation aux valeurs de son projet éducatif.

Les conditions gagnantes ?
La cohérence
Capitaliser sur les actions en cours (ex. le projet en Haïti en muséologie depuis 15 ans)
Le pas vers l’avenir : Intégration concrète de l’IdF dans leprogramme de Technique de muséologie

POURQUOI LES DÉPARTEMENTS SONT-ILS AU CŒUR DE LA DÉMARCHE D’IdF?

Richard Laroche, directeur adjoint des études, Collège Ahuntsic, a expliqué pourquoi les départements sont au cœur de la démarche d’internationalisation de la formation. La mobilité enseignante est un moteur du programme. Elle permet aux enseignants d’aller renouveler leurs connaissances, leurs sources d’information et de transmettre le message aux étudiants. La mobilité étudiante est aussi un véhicule de développement personnel de l’étudiant. Puisque tous les étudiants ne sont pas capables financièrement de partir à l’étranger, il faut favoriser les activités locales en adoptant des contenus de cours internationalisés, des activités parascolaires de même nature et s’assurer d’intégrer les disciplines contributives aux projets.

La condition gagnante?
La conscientisation (regarder dans les plans de cours le pourcentage d’éléments internationaux pour voir ce que l’on fait déjà et se positionner pour en faire plus)
Le pas vers l’avenir : Évaluation de la pratique de l’IdF et de sa valeur ajoutée

POURQUOI AVOIR MISÉ SUR UN PROFIL DE COMPÉTENCES?

Marie-Carole McKenzie, directrice adjointe des programmes, Cégep régional de Lanaudière à Joliette, a expliqué comment le profil de formation s’avère un outil utile en IdF. Dans le réseau collégial, le Collège de Maisonneuve a été le premier à élaborer un profil. Le Cégep de Victoriaville l’a fait par la suite, suivi du Cégep de Lanaudière et de quelques autres. Des points de convergence se dégagent des trois premiers profils élaborés:

1. Avoir une visée éducative (quel étudiant doit-on former dans le contexte de la mondialisation?);
2. S’intégrer à l’ensemble des activités éducatives d’un collège. Plus particulièrement, le profil du Collège de Maisonneuve met l’accent sur l’étudiant ouvert sur le monde et vise ultimement à former un étudiant engagé. Celui du Cégep de Victoriaville, de façon plus globale, se donne comme mission de former « un professionnel, une personne et un citoyen qui a le pouvoir d’agir dans un contexte international ». Pour ce faire, il propose l’utilisation d’une stratégie pédagogique basée sur le développement des composantes de l’empowerment et l’utilisation de contextes de réalisation complexes. Au Cégep régional de Lanaudière, l’équipe a mis l’accent sur la définition d’objectifs d’apprentissage hiérarchisés allant du simple au plus complexe et demandant  à chaque programme de sélectionner le niveau de réalisation qui lui convient.

Les conditions gagnantes?
Adaptable (le profil doit être adaptable à chacun des programmes)
• Opportuniste (il faut entrer dans le cycle du programme)
• Évolutif (il faut poursuivre la réflexion dans ce domaine)
• Institutionnel (il doit être institutionnel afin d’être structurel)
Le pas vers l’avenir :
• L’évolution du profil
• L’évaluation des objectifs (il faut que les étudiants aient une rétroaction formative et sommative au même titre que pour les autres apprentissages)

POURQUOI L’IdF EST-ELLE UN PROCESSUS CONTINU?

Andrée Beaudin-Lecours, conseillère pédagogique, Collège de Maisonneuve, précise que l’internationalisation des programmes n’est pas l’apanage que des conseillers du service de développement pédagogique : ceux-ci travaillent de pair avec les conseillères d’un nouveau carrefour des langues, de l’international, de l’interculturel et des relations avec la collectivité (CLIIC). Les conseillers pédagogiques œuvrent plus particulièrement à l’intégration du « profil de l’étudiant ouvert sur le mode » lors du processus d’actualisation des programmes, à deux moments-clés de ce processus : au moment de la définition du profil de sortie du diplômé et au moment de la définition des objectifs des cours. Cette étape franchie, le travail ne fait que débuter, car l’accompagnement et le perfectionnement doivent suivre. C’est donc un processus cyclique continu. Un défi : le profil se situe dans un cadre plus large, celui des visées éducatives institutionnelles. Devant l’abondance de ces visées, il est parfois difficile de faire de l’international une priorité. Il y a un risque que ce soit perçu comme une micro-opération au sein d’un processus qui est plus large. « Il y a tout un travail à faire avec les enseignants au niveau des valeurs et des perceptions. »

Les conditions gagnantes?
Voir l’IdF comme un processus cyclique continu (ce n’est pas parce l’actualisation est complétée que l’internationalisation est terminée. Il y a toujours place à l’amélioration continue)
• Situer les compétences interculturelles, internationales et citoyennes dans un ensemble structuré et cohérent autour des enjeux et des compétences du 21e siècle

Le pas vers l’avenir : Faire des ponts (entre les conseillers pédagogiques et celles du carrefour, entre les conseillers et les enseignants dans les différents programmes dans une logique de coresponsabilité)


Les présentations faites dans cet atelier témoignent de la diversité des approches et de la complexité du processus d’internationalisation de la formation. Il est intéressant de s’en inspirer, mais la clé est du succès est de s’adapter à la culture locale et à l’historique des cégeps.

N.B. La présentation Power Point de l'atelier est disponible sur le site du Congrès: Présentation PowerPoint



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