Dossiers / Contributions institutionnelles / Contributions internationales

Pour l’avancement de l’internationalisation de la formation dans les collèges

2012-10-02


« L'internationalisation de l'éducation est un processus d'intégration des dimensions internationales et interculturelles dans l'enseignement, la recherche, et les services éducatifs rendus à l'État, les établissements d'enseignement et les organismes et entreprises de ce secteur (Jane Knight, 1994) ».

Dans un précédent article publié sur le Portail du réseau collégial , Mme Marianne Landuyt nous a présenté le comité Internationalisation de la formation de Cégep international. Ce comité de travail est formé de la directrice générale et de la responsable-animatrice de Cégep international, de conseillers pédagogiques, de directeurs adjoints et de membres de la direction des études et de la direction générale. Rappelons que Cégep international a mis aussi en place deux autres comités de travail permettant aux représentants des collèges d’échanger ou de mener des travaux utiles pour l’ensemble du réseau. Il s’agit du comité sur la mobilité étudiante et celui de l’exportation du savoir. Marie Lacoursière du Portail du réseau collégial a rencontré mesdames Marie-Carole Mackenzie du Cégep régional de Lanaudière, Silvie Lussier du Collège de Maisonneuve et Marianne Landuyt du Cégep de Victoriaville, toutes trois membres de ce comité de travail, pour échanger sur les enjeux de l’internationalisation pour le réseau collégial.

Question : les travaux du comité ont-ils permis de mettre en lumière les raisons pour lesquelles il est devenu si crucial et même incontournable d’internationaliser la formation à l’ordre collégial?

« À l’heure actuelle, l’internationalisation de la formation n’est même plus une option ou un choix, puisque le monde dans lequel évolueront les diplômés est un environnement complètement internationalisé. Il y a quelques années, lorsque nous parlions d’internationalisation, nous parlions davantage de mobilité étudiante et d’exportation du savoir-faire, l’objectif étant de sensibiliser les étudiants à cette réalité et d’ouvrir les frontières. Il en va autrement aujourd’hui. À l’heure de la mondialisation, les programmes d’études doivent s’ajuster à cette nouvelle réalité et il est nécessaire que les étudiants maîtrisent à la fois les compétences de leur programme et un certain nombre de compétences qui leur permettront d’évoluer dans un contexte différent. À titre d’exemple, les diplômés de plusieurs secteurs techniques seront davantage sollicités pour travailler à l’extérieur du Québec ou être en relation professionnelle avec des entreprises étrangères. De manière générale, nos étudiants composeront une main d’œuvre appelée à travailler en équipe multiculturelle ou auprès de personnes de diverses communautés culturelles. Internationaliser la formation, c’est être conscient de l’importance de l’apprentissage de normes étrangères, la maîtrise d’une deuxième et parfois même d’une troisième langue. C’est aussi privilégier le développement de la conscience citoyenne. Bref, former des personnes capables de travailler dans des contextes de plus en plus multinationaux devient inévitable.

Une autre raison d’internationaliser la formation concerne directement les caractéristiques des étudiants du réseau collégial. Faut-il le rappeler, cette génération est déjà en « contact avec le monde » via Internet et elle a à son actif bon nombre d’expériences à l’étranger. Les étudiants actuels sont davantage au fait de ce qui se passe ailleurs dans le monde et leurs attentes au regard de l’internationalisation sont de plus en plus grandes. Cela renforce l’idée que l’internationalisation de la formation est une avenue dont il faut tenir compte.

L’internationalisation est un moyen, mais aussi une finalité en soi. Nos échanges sur les pratiques de certains collèges qui intègrent des éléments d’internationalisation dans leurs programmes d’étude nous amènent à constater chez les étudiants une attitude d’ouverture et un jugement professionnel plus développé. L’internationalisation de la formation permet d’offrir une valeur ajoutée à la formation des étudiants en adaptant les programmes d’études et parfois même les profils de sortie des diplômés. Elle constitue une réponse aux projets éducatifs des cégeps désireux de former des citoyens ouverts sur le monde. De plus, c’est une façon de rejoindre la mission de plusieurs cégeps en région à savoir : être un levier socioéconomique pour la région en se préparant à accueillir une clientèle immigrante et à gérer la diversité.

Depuis une vingtaine d’années, le réseau collégial est impliqué dans l’international, que ce soit par l’exportation du savoir-faire, par la mobilité étudiante, par le recrutement d’étudiants étrangers ou, plus récemment, par la mobilité enseignante. Les membres du comité de travail sont de plus en plus persuadés qu’un élément central de l’internationalisation passe par l’internationalisation de la formation elle-même, et c’est suite à cette réflexion qu’est né l’intérêt de structurer le processus d’internationalisation de la formation dans les collèges ».

Le processus d’internationalisation ressemble-t-il à l’intégration du profil TIC?

« C’est avec l’expérience vécue par le réseau qu’on est tenté d’emblée d’établir un parallèle. Les membres du comité Internationalisation de la formation ont identifié des avantages et des inconvénients à travailler de façon similaire. Nous avons tout intérêt à tirer parti de cette expérience.

Un profil de compétences « réseau » peut constituer un avantage certain : il apporte une économie de moyens, bienvenue dans un contexte de relève importante. Par ailleurs, un profil, qu’il soit « réseau » ou institutionnel, correspond bien à nos façons de faire; nous sommes habitués dans les collèges à travailler à partir d’une liste de compétences ou d’habiletés à acquérir pour élaborer des programmes. Ceci dit, les visées de formation sont plus difficiles à cerner au niveau international (et interculturel), les concepts sont vastes et non univoques. Deux de nos collèges se sont lancés dans l’écriture d’un tel profil : le Collège de Maisonneuve, puis le Cégep de Victoriaville. D’autres collèges s’en sont inspirés depuis, par exemple le Cégep régional de Lanaudière à Joliette. Le profil doit pouvoir s’ajuster aux objectifs de chaque programme et à la culture institutionnelle.

L’intégration du profil TIC dans la formation nous a montré à quel point il est important d’impliquer tous les niveaux de l’organisation pour arriver à modifier de façon structurante la formation, autant dans les documents officiels des programmes que dans les activités pédagogiques. Et c’est un processus long et exigeant! Les enseignants seraient probablement découragés si nous les abordions avec un deuxième profil à intégrer! C’est là une réalité dont nous devons tenir compte. De plus, le contexte international évolue à une vitesse fulgurante, d’où l’intérêt de se doter d’un profil évolutif dans le temps.

Enfin, il y a probablement une autre différence importante entre le profil TIC et l’internationalisation. Le profil TIC semble perçu comme un ensemble d’habiletés techniques qui constitue un moyen de mieux atteindre les objectifs du programme. L’internationalisation de la formation, quant à elle, réfère à un ensemble d’attitudes, de comportements et d’habiletés. C’est ce que des membres du comité ont illustré lors de l’atelier Internationaliser pour former de meilleurs professionnels, lors du dernier colloque de l’AQPC en juin 2012 ».

Quel est le rôle du comité Internationalisation de la formation?

«Face au changement de contexte socioéconomique, c’est-à-dire face à la mondialisation croissante du secteur de l’emploi, les membres du comité Internationalisation ont réfléchi à la nécessité d’appréhender l’international au-delà d’une simple activité pédagogique en périphérie d’un programme. Il s’agit maintenant de considérer l’international comme une dimension intrinsèque du profil de sortie de l’étudiant, donc entièrement intégrée au programme.  Bref, les membres du comité souhaitent que l’international se fasse dans le quotidien de la salle de classe, ce qui permettra, entre autres choses, d’impliquer tous les étudiants d’un programme et non seulement quelques-uns, capables de payer les frais d’un voyage à l’étranger.

En ce sens, les premiers travaux du comité ont porté sur un partage des différentes pratiques dans le réseau,  une  analyse des textes identifiés par Cégep international et, enfin, des échanges avec des conférencières internationales émérites.  Après quelques années de réflexion, notre constat fut le suivant : les cadres théoriques et les outils de travail existants sont peu adaptés aux besoins des enseignants et des gestionnaires du réseau. C'est pourquoi nous avons entrepris de pallier cette situation et, en quelque sorte, d’instrumenter le réseau collégial pour l’internationalisation de la formation.

Nous sommes maintenant en mesure de partager nos travaux avec le réseau puisqu’ils sont suffisamment étayés et structurés. À l’étape actuelle, ce partage s’avère même essentiel pour valider la pertinence d’un premier cadre de référence pour l’internationalisation des programmes.  C’est en ce sens qu’en mai dernier, nous avons participé à une conférence organisée par le Bureau canadien d’éducation internationale (BCEI).  Cela a représenté une opportunité intéressante de réflexion avec des représentants de plusieurs collèges et universités.  Plus important encore, ces échanges ont confirmé le bien-fondé des travaux amorcés par le comité ».

Quelles sont les perspectives du comité Internationalisation pour l’année 2012 ?

« Nous en sommes maintenant à actualiser la composition et le mandat de notre comité. Parmi les travaux qui nous attendent, nous souhaitons organiser une journée de formation et publier un document de référence destiné aux porteurs du dossier de l’international dans le réseau collégial ».

Entrevue réalisée en septembre 2012.



Les partenaires du Portail