Dossiers / Contributions institutionnelles / Contributions internationales

Le Cégep de La Pocatière, un collège qui s’internationalise de plus en plus

2013-09-30


 

Entrevue avec monsieur Claude Harvey, directeur général du Cégep de La Pocatière réalisée par Marie Lacoursière.

 

L’intérêt d’internationalisation de la formation dans la région du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des Îles est né autour des années 2004. Un accord signé à l’époque, entre le Québec et l’île de la Réunion, a permis que des étudiants réunionnais puissent venir poursuivre leurs études dans les cégeps régionaux du Québec, dont celui de La Pocatière. Monsieur Harvey nous en parle avec conviction.

Les étudiants réunionnais : un bassin de recrutement idéal

Des missions d’exploration ont rapidement été mises en œuvre à l’île de La Réunion afin d’encourager la concrétisation du projet. Selon monsieur Harvey, « dans la perspective de développement international anticipé dans la région, les étudiants réunionnais constituaient un bassin de recrutement idéal parce qu’ils parviennent de partout : de l’île de la Réunion bien sûr, mais également de l’Inde, de l’Afrique et de la France elle-même. Ils sont métissés, d’origine française avec des références françaises ce qui constituait des conditions intéressantes et facilitantes. Leur intégration chez nous a permis de créer une nouvelle dynamique dans le cégep axé sur l’ouverture à de nouvelles cultures, l’intégration et l’acceptation de l’autre. Ce sont en définitive ces premiers pas qui ont facilité le développement d’expériences additionnelles avec des étudiants d’autres pays d’Afrique et d’un peu partout dans le monde ».

La mobilité étudiante

Au Cégep de La Pocatière, la réalisation de stages internationaux dans le cadre des curriculums de formation techniques existe depuis plusieurs années, mais ils se sont cependant développés de façon exponentielle durant la dernière décennie. Nous retrouvons ainsi, dans une grande majorité des programmes d’études, des stages internationaux de formation variant de quelques semaines à 3 mois. Plusieurs de nos étudiants partent annuellement en groupe pour les stages de courte durée en Chine et en Amérique Latine, entre autres. D’autres vivent individuellement des expériences de plus longue durée de préciser, monsieur Harvey.

« Il existe chez nous une politique d’internationalisation des programmes d’études qui sert d’assise à l’organisation des  différentes activités internationales. Pour un petit cégep comme le nôtre, il est intéressant de pouvoir offrir ce type d’activité. Cela demande beaucoup d’énergie en matière d’organisation et d’investissement afin de dégager les sommes requises, mais nous réussissons assez bien à le faire ».

« Notre cégep a misé et mise encore sur l’internationalisation »

« Notre cégep a misé et mise encore sur l’internationalisation. La réalité d’aujourd’hui fait en sorte que nous accueillons des étudiants de partout. Les 5 cégeps de l’est du Québec de Gaspé jusqu’à La Pocatière travaillent ensemble au recrutement. Depuis 4 ans, notre cible de recrutement se concentre sur la France. Les résultats sont probants grâce à notre participation aux salons d’information en Normandie, à la collaboration que nous avons développée avec nos partenaires français et au travail judicieux d’une répondante française. Nous accueillons également plusieurs étudiants de l’Académie de Créteil ou de Normandie qui viennent poursuivre leurs études dans nos programmes crédités et vice versa. Des étudiants de chez nous vont compléter des stages en sol français. Dans les deux cas, ces stages sont crédités aux fins de diplomation » lorsque les passerelles ont été développées, ce qui est le cas avec Créteil.

« Nous mettons en œuvre cette année le véritable concept d’internationalisation de la formation. Des mécanismes collectifs de reconnaissance des équivalences de formation dans les collèges ont été adoptés afin de permettre l’élaboration des contenus de cours du curriculum des programmes d’études offerts en France ou au Québec. Nous travaillons dans ce dossier en collaboration  avec l’Académie de Créteil, une académie d’importance située en banlieue de Paris qi compte 163 lycées ».

« À la lecture du récent avis déposé par le Conseil supérieur de l’éducation sur l’internationalisation de la formation, nous constatons que les mécanismes que nous mettons actuellement en place sont adéquats. Les programmes que nous offrons ont des retombées pédagogiques dans les programmes. Nous développons des processus d’apprentissages inter reliés à haute vision internationalisation. Cette approche est mise en place dans le programme de gestion ».

Recevoir des étudiants étrangers, un bénéfice certain.

La présence d’étudiants étrangers dans notre milieu est bénéfique à plusieurs égards. Leur présence colore en quelque sorte le paysage. Les jeunes vont vers eux pour les connaître. « Notre service aux étudiants développe des événements, liés à l’interculturel, favorables à la création de liens significatifs. Les étudiants étrangers sont très impliqués. Ils participent activement aux événements. Ils les imprègnent de leur couleur. Chez nous, le chef à la cafétéria cuisine des mets réunionnais. Nous mangeons souvent du Rougail saucisses, des bouchons ou des samoussas. Il se développe à travers tout cela une forme d’exotisme que nous n’aurions pas sans la présence de ces étudiants. Des échanges interpersonnels très humains se développent ».

Le Cégep de La Pocatière tente de développer actuellement des liens avec la ville de Nkongsamba  au Cameroun. Le directeur général nous signale que ce n’est pas facile pour les étudiants africains d’avoir des visas pour venir étudier au Canada. Un véritable chemin du pèlerin. « Ces étudiants, triés sur le volet, sont des très brillants et très intéressants; ils ont une belle approche de la vie. Et nos étudiants vont là-bas au Cameroun. Nous vivons des échanges très humains avec ces gens-là. Il n’y a rien d’artificiel et de superficiel. Ça se passe au niveau du cœur. C’est ce qui est intéressant».

Un impact significatif pour la région

Les étudiants invitent les Réunionnais dans leur famille et les présentent à leur famille et cela a un impact sur la vie communautaire. « Un des buts des échanges vise à ce que les étudiants qui sont en stage restent ici et travaillent au Québec. Après 6 mois, ils ont droit à un permis de travail et peuvent donc se donner des objectifs d’intégration à plus long terme. Plusieurs de finissants restent ici et ont des bébés ici. Ils deviennent des membres de la communauté. Ça devient une réalité de plus en plus présente dans notre région. Pour nous, en région, le fait d’avoir des étudiants étrangers a un impact encore plus fort que pour les collèges de Montréal, parce qu’il y a déjà là une forte représentation des communautés de plusieurs pays. Le fait qu’après six mois ces étudiants peuvent avoir un permis de travail permet de les voir dans la communauté à l’épicerie ou dans les restaurants où ils travaillent ».

« Les étudiants étrangers n’ont pas droit à l’échec »

Pour les professeurs, le fait de se retrouver avec une classe majoritairement composée d’étudiants étrangers pose un défi. L’approche pédagogique française encourage l’apprentissage par mémorisation. Les professeurs doivent s’adapter à des étudiants qui ont appris à apprendre de façon plus théorique que pratique. Ils doivent les amener à acquérir aussi des compétences pratiques. Le défi pédagogique est de taille. « Mais nos étudiants internationaux doivent très bien réussir. C’est une pression pour le cégep. Il faut réaliser qu’étudier au Québec est onéreux. Les subventionner, coûte cher à l’État français. Les professeurs doivent assurer un encadrement qui assure leur réussite. Quand l’étudiant échoue à un cours, il n’est pas subventionné la 4e année. Les étudiants des DOM-TOM français reçoivent  800 euros par mois pendant toute la durée de leur formation. S’ils n’ont pas terminé leurs cours après 3 ans, l’aide financière sera possiblement coupée. Les frais de scolarité sont d’environ 12,000 $ par année pour les étudiants qui ne sont pas de langue française Les étudiants étrangers n’ont pas droit à l’échec. Le collège n’a pas non plus, le droit de ne pas s’en occuper. Nous faisons en sorte de leur donner le maximum de chances pour qu’ils réussissent. Tout le monde dans le cégep est mobilisé. Même les étudiants québécois se mobilisent pour bien accueillir leurs confrères étrangers. Ça finit souvent par des mariages et des bébés…

Un travail de concertation régionale

Dans le dossier du recrutement des étudiants étranger, les 5 collèges de la région du Bas-du-Fleuve et de la Gaspésie travaillent en concertation. Ils ont formé 2 comités. Monsieur Harvey préside le comité qui travaille sur le recrutement. Composé des responsables de l’information scolaire et professionnelle des cinq collèges (Ciseps), ce comité établit la stratégie de participation à des salons en France. “Nous avons ciblé des régions et même des villes. Nous allons toujours à Rouen, Caen, haute et basse Normandie. Nous participons aussi à un Salon à Paris dans le cadre de notre entente avec Créteil en banlieue de Paris. Le regroupement de collèges a aussi une employée sur place en France qui fait tous les contacts avec les salons, les futurs étudiants et les missions. Un autre comité réunit les directeurs généraux des collèges. Son rôle est de travailler sur les ententes, les préparer, les négocier, les signer et les mettre en œuvre.

Dans l’entente avec l’Académie de Créteil, nous avons planifié de travailler sur la reconnaissance des études déjà faites en France. À titre d’exemple, il a fallu évaluer et établir les équivalences en philosophie. Un professeur s’est assis avec les professeurs français pour comparer les cursus et voir les compétences déjà acquises par les étudiants français. Le travail a été fait une fois pour les cinq collèges. La même démarche a été suivie pour les cours de français.

Ce comité ‘politique’ participe aussi aux missions à l’étranger en France. De nouvelles ententes seront signées cet automne avec les académies de Rouen et Caen. Ces ententes permettront de faire de la mobilité créditée entre les établissements français et québécois. Compte tenu de la situation actuelle en France, on s’attend à une demande accrue de stagiaires français qui souhaitent venir étudier au Québec. Les cégeps investissent un montant de 80,000 à  100,000 $ par année pour assurer le bon fonctionnement de ce consortium. Les commissions régionales des élus (CRÉS) et les tables interordres contribuent aussi au financement. Le Cégep de La Pocatière accueillera cet automne 45 étudiants, ce qui représente 5 % de ses étudiants ».

Le comité Cégep Monde

Le directeur général supervise le dossier de l’internationalisation. Le collège a engagé une ISEP internationale en partie dégagée pour s’occuper du dossier. (Mme Guylaine Lévesque). Dans le cadre de la politique d’internationalisation, il a créé un comité, nommé le Comité Cégep Monde. Toutes les catégories d’employés sont représentées tant de Montmagny que de La Pocatière. Toutes les demandes de stages à l’étranger sont maintenant soumises à ce comité qui procède à l’analyse et à l’approbation des projets.

Le comité se penchera également cette année sur l’étude de récent ‘Avis du Conseil supérieur de l’éducation, un monde de possibilités : l’internationalisation des formations collégiales’.



Les partenaires du Portail