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La révision des droits de scolarité des étudiants français au Québec : une menace pour les cegeps?

2014-09-02


 

 

Une entrevue de Madame Evelyne Foy, collaboratrice au Portail du réseau collégial,avec Madame Sylvie Thériault, directrice générale de Cégep international

Depuis 1978, en vertu d’une entente entre les gouvernements français et québécois, les étudiants français inscrits dans nos établissements d’enseignement paient les mêmes droits de scolarité que les étudiants québécois et réciproquement. Or, au cours des derniers mois cette règle semble remise en question. Dans le budget déposé en février, le gouvernement indiquait vouloir « revoir le partage du coût de formation des étudiants venant de l’extérieur du Québec » et, au cours de la campagne électorale, l’actuel premier ministre suggérait que l’ensemble des étudiants de la francophonie paie les mêmes droits de scolarité que les étudiants canadiens.Précisons que les droits de scolarité exigés des étudiants canadiens inscrits à temps plein dans les cégeps s’élèvent actuellement à 1319 $/session.Nous avons voulu explorer l’impact qu’aurait un tel changement pour les cégeps.

On évoque un possible changement quant aux droits de scolarité exigés des étudiants français au Québec. Qu’en pensez-vous?

Sylvie Thériault Pendant la campagne électorale, cette question a toujours été évoquée pour les étudiants inscrits dans les universités et reliés aux difficultés de financement de ces dernières. On n’a jamais spécifiquement parlé des cégeps… On ne connaît pas non plus, pour le moment, ce que compte proposer le gouvernement québécois.

Quelle est la situation actuelle dans les cégeps et quel serait l’impact d’un tel changement?

Sylvie Thériault Plus de 50 % des étudiants étrangers inscrits dans les cégeps sont de nationalité française et cela inclut les étudiants réunionnais, néo-calédoniens et guadeloupéens pour lesquels nous avons des ententes particulières avec les instances politiques régionales.

Un changement de politique aurait un impact majeur pour les cégeps et surtout pour les cégeps en région, qui sont les seuls à bénéficier des ententes spécifiques avec l’Île de la Réunion, la Nouvelle-Calédonie et la Guadeloupe.

Il faut savoir que des étudiants étrangers en région permettent de maintenir des programmes d’études. Par exemple, on peut avoir une cohorte dans un programme de maintenance industrielle où l’on retrouve autant d’étudiants québécois que d’étudiants étrangers. Sans ces derniers, le programme ne serait pas offert, pénalisant les étudiants québécois qui pourraient quitter la région pour s’inscrire ailleurs.

Les cégeps en région s’inquiètent évidemment. Les cégeps du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, par exemple, se sont dotés d’une stratégie de recrutement en France, ils ont un agent recruteur pour les appuyer. Ils comptent sur cette clientèle.

La présence d’étudiants étrangers dans les cégeps est-elle valorisée?

Sylvie Thériault Plusieurs rapports et avis récents insistent sur l’importance pour les cégeps en région d’accueillir des étudiants étrangers. On peut mentionner l’Avis du Conseil supérieur de l’éducation sur l’internationalisation des cégeps (mai 2013), le Rapport intérimaire sur la formation technique préparé par Guy Demers (février 2014) ainsi que les recommandations d’un colloque sur l’avenir de l’enseignement collégial en région tenu à Jonquière en 2013. Nous estimons donc que ce n’est pas le temps de mettre un frein à nos efforts de recrutement international.

Il faut aussi considérer que les étudiants de nationalité française inscrits dans des programmes techniques porteurs d’emploi, qui vivent pendant trois ans en région, y font des stages, y travaillent pendant leurs vacances et qui décident d’immigrer à la fin de leurs études représentent de puissants atouts pour l’immigration régionale.

Avez-vous entrepris des démarches relativement à ce possible changement?

Sylvie Thériault Nous devons d’abord savoir ce que le gouvernement envisage. On sait déjà que le président français sera en visite au Québec en octobre prochain ; cette question sera sûrement à l’ordre du jour ! Il nous semble évident qu’un brusque changement n’est pas envisageable, les deux gouvernements doivent négocier.

Ainsi, pour les étudiants inscrits à l’automne 2014, rien n’est changé. À l’automne 2014 par exemple, nous accueillerons 125 nouveaux étudiants de l’Île de la Réunion. Les parents de ces étudiants qui ont eu vent d’un possible changement s’inquiètent. Le Conseil régional, l’instance responsable du programme d’échange, nous interpelle aussi. Il nous faudra être en mesure de rassurer tous ces partenaires.

Lors d’une rencontre récente avec le consul général de France, nous avons évoqué le besoin de stimuler les échanges des étudiants québécois vers la France, c’est l’argument de poids qui est évoqué pour remettre en question l‘entente entre la France et le Québec, le déséquilibre des échanges alors qu’on visait la réciprocité. Nos étudiants font des stages en France, mais peu s’inscrivent pour des études à temps plein.



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