Dossiers / Contributions institutionnelles / Contributions internationales

Construire l'Europe en s'appuyant sur un espace commun d'enseignement supérieur

2014-12-07


 

 

Texte de Madame Évelyne Foy, consultante

 

 

 

Le processus de Bologne

Quiconque s’intéresse à la mobilité internationale dans les cégeps a un jour rêvé de l’Europe, du processus de Bologne, en place depuis 1999, et du programme Erasmus, qui finance les projets de mobilité étudiante et professionnelle. Sylvie Bonichon, enseignante, coordonnatrice Erasmus Plus et des Relations internationales au lycée La Providence Blois, experte de Bologne (Équipe française 2009-2013), a plusieurs fois traversé l’océan pour nous faire rêver. Elle a animé un atelier lors du récent congrès de la Fédération des cégeps et y a présenté les outils qui servent à encadrer et à faciliter la mobilité européenne.

Le processus de Bologne concerne 47 pays signataires et, entre autres partenaires, le Conseil de l’Europe, la Commission européenne, l’UNESCO. Des groupes de travail et des réseaux sur les thématiques du processus sont créés et se rapportent aux instances décisionnelles. Parmi les mots-clés du processus : transparence et lisibilité; cycles d’études / cadre de certification / descripteurs de niveaux ; système européen de transfert et d’accumulation de crédits (ECTS); reconnaissance / compatibilité / confiance; apprentissage centré sur l’étudiant; supplément au diplôme; employabilité. L’harmonisation et la capacité de se reconnaître entre les différents systèmes d’enseignement supérieur peuvent sommairement résumer ce vaste mouvement.

Quelques repères

En matière de mobilité étudiante, le principal apport de l’Union européenne est d’avoir largement levé l’obstacle de la reconnaissance des diplômes, en stipulant que:
« Tout citoyen européen a le droit d’étudier sur le territoire d’un autre pays membre de l’Union ou appartenant à l’Espace économique européen. L’établissement dans lequel il souhaite s’inscrire est tenu de l’accueillir dans les mêmes conditions que les ressortissants du pays concerné : par exemple, il doit lui faire payer les mêmes droits d’inscription, et le soumettre au même régime d’obtention des diplômes ».  

La mobilité étudiante nécessite un encadrement administratif et financier. Ainsi, pour la période 2007-2013, l’Union européenne s’était dotée du programme Éducation et formation tout au long de la vie composé de six sous-programmes qui couvrent la mobilité de tous les types d’enseignement. Son budget est de 7 milliards d’euros.
 C’est le sous-programme Erasmus, qui concerne l’enseignement supérieur et dont les objectifs sont de soutenir la réalisation d’un espace européen de l’enseignement supérieur et de renforcer la contribution de l’enseignement supérieur et du perfectionnement professionnel au processus d’innovation.

La mobilité des étudiants peut s’effectuer sous la forme d’une mobilité d’études ou d’une mobilité de stage en entreprise choisie (par un étudiant Érasmus sur dix). Vingt-cinq ans après sa création, Erasmus est à la fois le plus connu des programmes européens et le système d’échange d’étudiants qui remporte le plus de succès au monde.

En mettant l’accent sur les langues, l’adaptabilité, la sensibilité interculturelle et le sens de l’initiative, Erasmus permet aux jeunes d’acquérir des compétences essentielles propres à améliorer leur capacité d’insertion professionnelle et à favoriser leur épanouissement personnel. Depuis ses débuts en 1987, le programme a ainsi permis à plus de 2,5 millions d’étudiants européens de partir à l’étranger pour étudier dans un établissement d’enseignement supérieur ou pour effectuer un stage en entreprise. Voilà de quoi nous inspirer alors qu’au Canada et au Québec, les taux de mobilité se situent autour de 3 %.

Des outils

Lors de l’atelier, Sylvie Bonichon a présenté de façon très concrète différents outils utilisés par les établissements pour mettre en œuvre, évaluer et reconnaître les expériences de mobilité. Ces outils sont disponibles sur le site du congrès de la Fédération des cégeps. Pour bien se situer, voici les quatre niveaux du système de cycles d’études européen:

Cycles
EEES

Diplômes 
(exemples FR et UK)

Nombre d’années

3ème Cycle
(depuis 2005)

Doctorat (FR)
Doctorate (UK)

N/A

2ème Cycle

Master (FR)
Master (UK)

2
1,5 / 1

1er Cycle

Licence (FR)
Bachelor (UK)

3  (ou CC +1)
3,5 / 4 (ou CC + 1[/2]

Cycle court intégré dans le 1er cycle
[depuis 2005]

BTS/DUT [FR]
FoundationDegree (UK)

2
2

 

Un autre élément des plus inspirants conçu en Europe est le Supplément au diplôme: un descriptif individualisé du diplôme obtenu et du parcours personnel du titulaire. Il comprend huit rubriques et doit être remis automatiquement et gratuitement à tout diplômé. Il s’avère utile pour la poursuite d’études et la recherche d’emploi sur les scènes nationale et internationale. Cet outil, qui n’a pas son équivalent ici, a retenu l’attention des participants à l’atelier.

Madame Bonichon a par la suite présenté le programme Erasmus + 2014-2020, qui comprend trois volets : mobilités individuelles; partenariats stratégiques / Alliance de la connaissance; support aux réformes structurelles. Le volet Partenariats stratégiques pourrait s’avérer une piste de collaboration entre cégeps et établissements européens. Il vise la mise en place de pratiques innovantes (méthodes d’apprentissage, création de nouveaux cursus et de schémas de formation, conseil et accompagnement); la collaboration entre établissements d’enseignement supérieur et collectivités locales pour un développement à l’international; la collaboration avec les entreprises pour développer les compétences entrepreneuriales.

Une étude récente sur les effets du programme Erasmus démontre qu’en étudiant ou en se formant à l’étranger, les jeunes acquièrent non seulement des connaissances dans des disciplines précises, mais renforcent aussi des compétences transversales très appréciées par les employeurs. Elle montre qu’avec une expérience internationale, les diplômés réussissent nettement mieux sur le marché de l’emploi. Ils risquent deux fois moins de devenir chômeurs de longue durée par rapport à ceux qui n’ont pas étudié ni suivi de formation à l’étranger et, cinq ans après l’obtention de leur diplôme, leur taux de chômage est inférieur de 23 %. Cette étude, réalisée par des experts indépendants, est la plus importante en son genre. Près de 80 000 réponses ont été recueillies, dont celles d’étudiants et d’entreprises. [Communiqué Erasmus].

L’Europe continuera, peut-on présager, de nous faire rêver et, espérons-le, de nous inspirer!



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